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72h après ton titre
comment analyses-tu ta victoire ? Forcément j'y pense
beaucoup. C'est vrai que c'était une super compétition.
Je ne m'attendais pas à réaliser un tel truc, je
visais le podium. J'ai dû m'employer pour passer
le 1er tour. Cela m'a permis d'être immédiatement
sous pression. Je suis très vite rentré dans l'épreuve.
C'est une compétition où je n'avais jamais franchi
le 1er tour en quatre participations. Je voulais
montrer aux gens, que
l'on obtient pas des sélections parce qu’on est à l’Insep mais par ce qu'on
est capable de
développer un certain niveau de jeu.
Au niveau de la qualité de ton
jeu, est-ce ta compétition la plus aboutie ? Il
y a le titre au bout mais c'est je crois que c'est
sur la finale que j'ai produit le match le plus
accompli. J'ai notamment été très rigoureux
en service-remise.
Es-tu conscient que
ton système de jeu fait peur ? C'est un jeu
très agressif qui peut bousculer voire étouffer
mes adversaires. J'ai su développer un gros
niveau de jeu à plusieurs reprises en Pro A
cette année. Avec ce système là, je peux aussi devenir
friable, il y a donc un équilibre à trouver.
L'efficacité
de ton coup droit n'est pas sans rappeler celui
d'un illustre aîné ? La comparaison avec
Gatien ? Je ne fais pas attention à cela même si
nos styles peuvent se rapprocher. Gatien possédait un coup droit
incroyable et infaillible. Moi j'en suis loin encore.
En terme de puissance, ça peut être comparable mais
il possédait une telle régularité, il pouvait enchaîner
5 ou 6 coups droits alors que moi après 2 ou 3....
Il faut que je tende vers ça. Mais les comparisons
sont difficiles : ce n'est pas la même époque et
le matériel a aussi évolué.
On parle
de Gatien mais sur le podium tu t'es retrouvé
avec les trois Mousquetaires autour de toi à Dreux,
c'est surprenant, non ? Ils sont encore présents et très compétitifs,
la preuve ! Chaque année
les journalistes ou des gens du milieu annoncent que " c’est la fin"
mais ils sont toujours là. A partir des demies,
il fallait aller les chercher, c'était un regain
de motivation et j'avais moins de
pression que les premiers tours.
Tu as débuté le ping à 5 ans alors
que Gatien était champion du Monde cette année là.
Te nourris-tu de l'expérience des anciens ? Ce
sont des modèles, évidemment. Mais ma référence,
c'est Philou. J'ai l'occasion de parler parfois
avec lui. Je discute aussi souvent avec Patrick (Chila)
et l'an prochain on jouera ensemble à Levallois,
c'est un plus. Cela tourne autour de leur vécu, de
leur
vision, ils m'indiquent les pièges à éviter.
Après la finale, on a d'ailleurs vu les Mousquetaires venir vers
toi... Ils m’ont félicité de mon parcours et
m'ont dit : bienvenu au club (des champions de France).
Ils m'ont surtout dit de savourer ce titre.
Que
vas-tu faire du fameux vase de Sèvres ? C'est
marrant parce que j'ai visité l'appartement de Damien
lorsqu'il l'a mis en vente. Il ma dit : "tu
vois quand tu as un vase de Sèvres chez toi, c'est
un bon signe." Ca m'a marqué... Mes parents
sont amateurs d'art alors il sera chez eux.
Denis Micchelotto,
ton coach à Saint-Denis a été frappé par la sérénité
qui a entouré la préparation de la finale... Je
me suis isolé après la demi-finale, je ne suis pas resté dans la
salle. Je venais de battre Patrick le champion de France en titre et il y avait
beaucoup de monde dans la salle. Il y a avait du
temps entre la demie et la finale, je voulais être peinard,
ne pas penser à l'enjeu. Je me suis reconcentré sur la finale
1h30 avant.
Ce titre arrive alors que
c'est plutôt Adrien Mattenet que l'on attendait... Il
ne faut pas se le cacher : il a réalisé une
saison incroyable. J'étais toujours devant lui en jeunes. II m'a non seulement
dépassé mais j'ai pris un train de retard. Il m'a
mis une "tempête". Il compte pas
mal d’avance et j'ai à cœur de le rattraper, de m'accrocher derrière lui.
La concurrence est super saine entre nous. Je me
suis rendu compte qu’il travaillait deux fois plus
que moi, sa progression est normale et logique.
Il a beaucoup et bien travaillé et il est payé en retour. Depuis quelque mois,
cela m'a poussé pour travailler plus, à un rythme
plus élevé.
Le titre de champion de France
redore une saison internationale un peu mièvre... J'ai
fait un bon championnat d'Europe par équipes mais
depuis je n'ai pas réalisé une bonne saison internationale.
Je suis réaliste, je n'ai pas réussi beaucoup de
performances. J'ai eu des occasions dans la saison,
avec parfois des balles de match, mais je n'ai pas
su les saisir. Il va falloir rectifier cela et j'espère
que le titre va m'aider à franchir un nouveau
palier.
Quel a été le moment clef dans
ta jeune carrière qui te prédestinait au Haut niveau
? En fait, c'est mon passage de 14 à 16 ans à Talence
qui m'a endurci. C'est là que j'ai su que je voulais
jouer eu ping, que j'étais fait pour ça. C'est en
arrivant à l'Insep que je me suis dit que je pourrais
en faire mon métier.
D'accord mais à cet
âge là on n'est pas le seul à décider... Mes
parents me soutiennent dans le projet mais il est
certain qu'au début mon père était réservé
sur le potentiel à peut-être vivre du ping. J'étais
plutôt prédestiné à reprendre la pharmacie familiale.
Le fait d'être champion de France, même si ce n'est
pas une fin en soi, c'est une étape importante.
Ca leur fait dire que j'ai le niveau et cela valide
mon choix.
Du côté de Niort, on a vu un
entraîneur très heureux... Claude Bard a
été super important dans ma progression. A Souché
Niort, c'est lui qui m'a fait bosser du tout début,
j'avais 5 ans, jusqu'à mes 14 ans. Je trouve que c’est un super formateur.
Au départ il m'a laissé jouer puis il a su m’orienter,
me faire travailler en individuel. Ensuite de 14
à 18 ans, il m'a coaché. Nous sommes toujours en
contact et j'irai bientôt fêter le titre avec mon
club formateur qui a aussi le bonheur d'avoir dans
ses rangs la championne de France.
Ces
chiffres* qui entourent a victoire , tu y
crois toi ? Non je ne suis pas superstitieux
et je n'y ai pas pensé. Après la finale ma mère
m'a seulement dit "le 79ème, il était pour
toi." 79, c'est mon département où j'ai
toujours été très soutenu.
Quel est ton
programme ? Ce soir il y a la rencontre de
Pro A à la Romagne, ce sera mon dernier match sous
les couleurs de Saint-Denis et il y aura ma famille
et celle de ma copine. Je pars ensuite en Biélorussie
pour l'open du Pro-Tour. Ensuite, on va s'entraîner
à l'Insep tout le mois de juin pour préparer les Jeux Méditerranéens et les
Universiades où nous avons les moyens d'aller chercher des médailles.
* Pour les supersticieux,
cette victoire n'est pas tout à fait le fruit du
hasard : - Lebesson vient de fêter ses 21 ans
et il est le 21ème champion de France, - son
département d'origine est le 79 et il s'agissait
de la 79ème édition à Dreux, - c'est à Tours
en 2004 qu'il décrocha son premier titre de champion
de France (juniors), déjà dans la région Centre, -
son système de jeu n'est pas sans rappeler celui
de Jean-Philippe Gatien sacré champion du Monde,
le 23 mai 1993... 16 ans jour pour jour où Lebesson
s'est imposé, - originaire des Deux-Sèvres...
c'est un vase de Sèvres offert par la République
qu'il a reçu pour sa victoire.
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