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Le bilan des Bleus

Publié le : 07/05/2018
Modifié le : 08/05/2018

Quelques heures après la fin des championnats du Monde par équipes 2018, Jean-Claude Decret, directeur des équipes de France, et Cédrik Cabestany, responsable de la délégation à Halmstad, dressent le bilan des équipes de France.
Le site de la compétition

Jean-Claude Decret, directeur des équipes de France : « Je n’ai pas pu me rendre à Halmstad en raison d’un souci d’ordre familial. J’ai demandé à Bernard Bousigue, Directeur Technique National, de nommer Cédrik Cabestany pour me remplacer dans le rôle de coordinateur et de gestionnaire des équipes sur place comprenant joueurs, entraîneurs, staff et accompagnateurs. J’ai assisté aux championnats du Monde via les diffusions mais n’ai pas pu tout voir bien entendu dans la mesure où la deuxième division féminine n’a pas été entièrement retransmise mais j’en ai vu une grande partie. La télévision a la particularité de tout de suite mettre en évidence des émotions, des comportements que l’on ne perçoit pas forcément sur place. Ça permet de prendre un peu de recul et d’avoir une photographie instantanée qui décrit des choses assez intéressantes.

Le résultat des garçons est évidemment décevant après une bonne série de compétitions, championnats d’Europe, championnats du Monde par équipes où nous avons soit obtenu une médaille soit nous en sommes rapprochés. Nous nous retrouvons à la 17ème place ce qui est complètement insatisfaisant. Je ne vais pas tirer à boulets rouges sur cette équipe et j’espère que personne ne le fera. Comme je l’ai déjà dit auparavant, faire des médailles ou des bons résultats dans les grands championnats est extrêmement compliqué. On s’aperçoit que même les équipes réputées fortes ne sont pas à l’abri de contre-performances, mis à part la Chine qui est systématiquement dans les meilleurs. Je rappelle que l’Allemagne, aujourd’hui finaliste, n’est pas sortie de poules il y a deux ans à Kuala Lumpur avec des joueurs un peu diminués. Dans ce genre compétition, il faut être à 100% de ses moyens pour pouvoir espérer quelque chose.

Au-delà des moyens, j’ai pu observer par moment des comportements qui ne sont pas satisfaisants, des manques de concentration ou d’engagement étonnamment récurrents. Pour être opérationnel dans un grand championnat, il faut ne laisser aucune place à la déconcentration ou à une forme de gestion désengagée. Tout le monde doit être concentré tout le temps sur l’objectif. Sur l’Autriche j’ai eu le sentiment que nous n’étions pas bien préparés. Nous avons pris un 3-0 sévère qui a pénalisé la suite de la compétition. Dans un championnat du Monde ou championnat d’Europe, la concentration doit être maximale dans la préparation, la récupération, quelque soient les matchs. La phase de poules ne permet aucun relâchement tant que la place n’a pas été assurée.

On voit l’âpreté et l’engagement que nécessitent les championnats du Monde. Le match de la Corée du Sud contre le Japon en quarts de finale a été extraordinaire à ce niveau-là. Au-delà d’un classement mondial, il y a un niveau nécessaire qu’il faut atteindre dans un championnat du Monde. C’est ce qui nous a manqué. Il va falloir nous interroger car on a pu se rendre compte que ce n’est pas forcément la meilleure équipe alignée qui est la plus performante. Je pense que l’on a un potentiel énorme mais il faut que tout le monde joue ensemble avec l’envie de jouer ensemble. Joueurs, coachs et encadrement doivent s’y atteler pour que nos joueurs puissent retrouver cette envie et cette dynamique nécessaires à l’accomplissement de grandes choses. Nous avons deux ans pour le faire, sachant que le classement mondial par équipes va être modifié à partir de janvier 2019. Ce ne sera plus seulement l’addition des 3 meilleurs joueurs qui donnera le classement de l’équipe, mais les résultats sur les compétitions à 70%. La part des résultats de l’équipe est très importante pour obtenir un bon classement ce qui nécessite une stratégie différente par rapport aux World Tour, par rapport au classement mondial, par rapport au niveau, par rapport à la préparation. Tout va devoir être mis de nouveau à plat à mi-olympiade dans le but de nous conduire vers la médaille olympique. Je pense que ce travail est absolument nécessaire à la réalisation de grandes performances. Il faut que tout le monde s’interroge, se mobilise, et réfléchisse aux objectifs qu’il désire atteindre et aux moyens à mettre en place pour y parvenir.

Nous devons également penser à la façon d’intégrer le championnat, nos compétitions nationales et internationales dans un contexte olympique. Peut-être choisir un peu mieux les World Tour auxquels participer sans courir forcément après un classement mondial qui finalement reflète imparfaitement le niveau des joueurs dans ces championnats si particuliers.

Pour les filles, nous aurions dû commencer en première division. Il nous aurait été possible d’engager une procédure auprès de l’ITTF, ce que nous avons finalement décidé de ne pas faire. Nous avons proposé aux filles un challenge intéressant en deuxième division, contre des équipes de notre niveau ou un peu plus faibles. Nous avons buté sur le match qualificatif pour la première division. Nous étions en mesure de remporter cette victoire, ça n’a pas été réalisé par un petit manque d’expérience et d’habitude de ces rencontres à enjeu. Les matchs aux championnats du Monde sont plus durs à remporter et à conclure que dans d’autres situations. Jusqu’au bout chacun s’accroche, et c’est encore plus vrai aux Jeux olympiques. Globalement, j’ai beaucoup apprécié l’état d’esprit des filles qui se sont battues, qui ont vraiment tout donné, qui ont joué ensemble. En ayant cette volonté de bien faire, de travailler à l’unisson, je pense que cette jeune équipe a de bonnes chances de réaliser les résultats que l’on attend depuis assez longtemps. La solution est aussi de se regrouper pour travailler ensemble sur un mode concerté et essayer de remplir ces objectifs dans le futur. »

Cédrik Cabestany, responsable de la délégation à Halmstad : « Nous avons abordé la compétition sereinement, dans la continuité du travail que l’on peut faire à l’Insep avec les garçons. Pour les filles, nous avons essayé de bien préparer l’épreuve en amont avec Pascale Bibaut, et être un support une fois la compétition lancée. Au point de vue des résultats attendus sur le papier, c’est une déception, dans la mesure où les objectifs n’ont pas été atteints. Chez les messieurs, nous partions pour faire aussi bien qu’il y a deux ans en partant n°4 du tableau. Pour les filles, après cette requalification en deuxième division un peu rocambolesque, l’enjeu était de se servir de ce mini coup dur pour construire quelque chose face à des équipes plus ou moins de notre niveau, et regagner à la table notre place en première division et non pas grâce à l’addition des classements mondiaux.

Chez les garçons, après une entame réussie bien que dans la douleur face à l’Inde et la Croatie, malgré un score flatteur, nous sommes passés à côté de la rencontre contre l’Autriche. Une défaite qui a eu pour conséquence de remettre tout le monde en course dans la poule alors que nous avions toutes les cartes en main pour passer la phase poules. Après la défaite contre la Corée du Sud et la victoire contre la Pologne, un concours de circonstances assez incroyable nous a été fatal pour finalement échouer au set-average en quatrième position. C’est dans ces moments comme ceux-là qu’on prend conscience que les championnats du Monde ne ressemblent à aucune autre compétition, qu’il est primordial de toujours faire en sorte de ne dépendre que de soi et que la moindre petite erreur peut être fatale. L’enjeu des messieurs sera de faire un bon bilan pour se servir de cette désillusion avec l’objectif de préparer les championnats par équipes 2019 à Nantes et la qualification olympique qui reste d’être extrêmement disputée.

De leur côté, les filles étaient venues pour trouver des réponses à leurs interrogations face à un objectif qu’elles n’ont pas habitude d’avoir. On jouait plutôt le maintien, dans la peau de l’outsider à chaque fois en première division. On ne savait pas vraiment comment allait se forger l’équipe lors de cette compétition. Il fallait surtout créer un état d’esprit et une stabilité émotionnelle pour, tour après tour, accéder à ces deux premières places qui font monter en première division. La phase de poules a débuté sur la Slovaquie sans round d’observation contre un adversaire qui joue la montée. Les filles n’ont pas eu le temps de se mettre dans le bain contre d’autres équipes plus modestes. Une première rencontre qui se solde par une défaite 19-17 à la belle du 5ème match après avoir mené 2-1 10/7 sur le match décisif. Les filles ont digéré la déception pour aborder un deuxième match important mais pas décisif contre la Croatie. Malheureusement, le résultat a également été défavorable. A partir de là, les filles ont pris leurs responsabilités entre elles. Elles se sont dit les choses qu’il fallait pour se remettre en question et forger un état d’esprit qui pourrait leur permettre de chercher la qualification après une phase de poules plutôt manquée. Une nouvelle équipe de France est rentrée dans la compétition avec une très belle victoire face au Canada, s’appuyant sur une grande solidité et un bon état d’esprit entre joueuses et staff qui a fait la différence. Nous avons enchainé face aux slovaques pour la revanche de la première rencontre de poules. Un des moments les plus intéressants, fondateur et constructeur pour l’ensemble du groupe, salué par une victoire 3-1 pour accéder au match décisif contre l’Espagne, l’une des meilleures équipes de la division. Après avoir été mené 2-0, Audrey nous remet dans le bain. Pauline fait un gros match pour mener 2-1 7/2 et perdre 11.9 à la belle. C’est une grosse déception sur le plan du résultat mais individuellement les filles ont su se remettre en question pour rendre le collectif meilleur. Pour atteindre la performance dans un championnat du Monde par équipes, il faut de la solidarité, que tout le monde aille vers le même objectif. J’espère qu’elles vont capitaliser sur ce qu’elles ont pu emmagasiner comme expérience pour pouvoir faire émerger le talent de chacune au service de l’équipe. Elles ont vraiment bien travaillé, et ont en partie trouvé des réponses à leurs questions. »


Informations pratiques

Championnats du Monde par équipes 2018
29 avril au 6 mai - Halmstad (Suède)