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I. Thibaud : «Garder le cap»

Publié le : 31/05/2018
Modifié le : 04/06/2018

Après les Championnats de France minimes et juniors, en avril à Villeneuve-sur-Lot, et benjamins et cadets, qui ont eu lieu le week-end dernier à Saint-Nazaire, Isabelle Thibaud, responsable du Secteur Performance Jeunes à la FFTT, dresse un état des lieux du niveau des jeunes Tricolores, dont certains disputeront du 15 au 24 juillet les Championnats d’Europe Jeunes en Roumanie.

Quel bilan faites-vous des championnats de France benjamins et cadets qui ont eu lieu le week-end dernier à Saint-Nazaire ?

J’ai trouvé que le niveau des benjamins et des benjamines en finale était plutôt bon. J’en profite pour féliciter la Ligue des Hauts-de-France, parce qu’en benjamins, les deux finalistes venaient de chez eux, ainsi que la championne de France en benjamines. Trois sur quatre en finale, les Hauts-de-France ont fait fort, surtout qu’en double, ils ont gagné chez les filles et ont été en finale chez les garçons. Je savais qu’ils avaient initié un projet de détection plutôt performant il y a trois-quatre ans, ça paie. C’est positif pour eux.

Et du côté des cadets et des cadettes ?

Là aussi, je tiens à souligner le travail chez les féminines de la Ligue Ile-de-France, puisque sur les quatre meilleures, il y en a trois sur le podium, c’est un vrai exploit, dont une, Prithika Pavade, sur la plus haute marche. C’était attendu, elle partait n°1, elle était championne de France cadettes l’année dernière, mais elle a fait le job. On ne compte plus le nombre de médailles qu’elle a remportées sur les Championnats de France, je pense qu’elle est en train d’établir un nouveau record. Je ne sais pas si c’est significatif d’une grande carrière en seniors, j’espère pour elle, mais en tout cas, elle marquera de son empreinte les catégories jeunes, c’est indéniable. Du côté des garçons, la performance de Myshaal Sabhi était aussi attendue, comme Prithika. Il avait cependant un peu moins de marge et s’est quand même fait accrocher plusieurs fois, notamment en demi-finales par le jeune Félix Lebrun qui a eu trois balles de match contre lui. Je sais à quel point c’est difficile de partir avec le dossard n°1, c’est très dur, ça met beaucoup de pression, et les jeunes qui arrivent à assumer leur statut de n°1 en allant au bout, il faut les féliciter. C’est bien que nos deux n°1 français, présents parmi les meilleurs européens, aient montré qu’ils peuvent être les leaders de l’équipe de France qui se déplacera aux Championnats d’Europe jeunes. C’est un gain de confiance important pour eux d’avoir gagné cette compétition. Ça leur garantit en outre leur présence aux Championnats d’Europe, c’est une double victoire. Il faut souligner la performance de Thibault Poret. Je n’ai pas souvenir qu’un jeune, sortant des poules, parvienne à la finale. Sortir des poules et gagner sa qualification au couteau, battre le n°2 en 16e de finale, avancer comme il l’a fait en produisant un niveau de jeu vraiment intéressant, c’est un bel exploit, d’autant plus qu’il a aussi été en finale en double. C’était son week-end.

Un mois plus tôt, ont eu lieu les Championnats de France minimes et juniors à Villeneuve-sur-Lot, quel a été le bilan de cette compétition ?

Si on commence par les minimes, les deux jeunes qui ont gagné, Félix Lebrun et Charlotte Lutz, ont survolé la compétition. Ils ont montré qu’ils étaient indiscutablement les n°1 de la catégorie. Ils l’ont aussi prouvé le week-end dernier en cadets, en remportant chacun la médaille de bronze. C’est difficile d’être présent sur les deux catégories d’âge. Sachant que Félix n’est que minime première année, j’ai presque l’impression que l’année prochaine, il pourrait être le n°1 en cadets en tant que minime. Ils sont vraiment sur une belle lancée. Je sais qu’ils sont bien encadrés, qu’ils ont un environnement stable. Je suis très optimiste sur leur avenir.

Et les juniors ?

Chez les juniors filles, Prithika est toujours présente, puisqu’elle a atteint la finale. Bravo à Lucie Gauthier, tenante du titre, elle a joué Prithika en finale, cadette première année et qui n’avait rien à perdre. Lucie a montré qu’elle était la n°1 de la catégorie. Elle a gagné sa sélection aux Jeux Olympiques de la Jeunesse, par cette victoire, elle montre qu’elle mérite sa place. Et chez les garçons, la surprise, c’est Esteban Dorr qui partait n°9 et qui finit en finale, c’est un petit exploit. Il sort en demi-finale Léo de Nodrest, un prétendant au titre qui venait pour gagner, et en finale, il accroche Lilian Bardet qui a remporté une finale qu’il avait perdue l’an dernier contre Jules Rolland.

Comment situez-vous le niveau des jeunes Français à l’échelle internationale ?

Nous sommes plutôt bien placés en étant un des pays les mieux structurés d’Europe avec beaucoup de moyens. La logique fait que chaque année, nous pouvons sortir des jeunes compétitifs et médaillables aux Championnats d’Europe Jeunes. C’est moins le cas de certains pays qui fonctionnent souvent par génération, hormis la Russie et la Roumanie chez les filles. Nos cadets et cadettes se placent parmi les deux ou trois meilleures équipes européennes, en terme de niveau. Mais nos cadettes, au classement international ne se situeront qu’autour de la 4ème ou 5ème place. Après, il faut prendre tous ces classements avec du recul, dans la mesure où nous, contrairement à certains pays, nous ne sommes pas dans une politique de participation aux Open à outrance, c’est-à-dire qu’on ne fait pas sortir les jeunes toute l’année pour qu’ils marquent des points. C’est un handicap par rapport aux classements internationaux, parce qu’on est dans en concurrence avec des pays qui sortent beaucoup les jeunes, parfois huit ou dix fois. Nous avons fait le choix de 5 à 6 participations internationales. Ce choix est réalisé pour les préserver, leur permettre de récupérer et de cibler les Open sur lesquels on pense qu’il est important qu’ils soient. On privilégie l’entraînement, parce qu’on pense que la formation est importante pour tenir dans la durée. Il ne faut pas oppresser les gamins en les sortant tout le temps.

Globalement sentez-vous une évolution du niveau des jeunes Français ?

Une évolution, pas forcément, parce que ça fait quand même longtemps que nous avons une bonne formation de jeunes. Nous avons plus de difficultés à transformer nos juniors en seniors, même si Simon Gauzy, très jeune, est devenu le premier Français à rentrer parmi les dix meilleurs mondiaux depuis Jean-Philippe Gatien. La période des 18-23 ans est cruciale, c’est à ce moment qu’on rentre dans le grand monde des seniors, où la concurrence est super dure, en France déjà, et à l’international. On peut passer rapidement des projecteurs (en juniors) à l’anonymat, c’est très dur d’exister au niveau mondial. Mais il ne faut pas se précipiter et je pense qu’il faut qu’on s’inscrive dans la durée. Quand je vois aujourd’hui un Timo Boll, qui est encore là à 37 ans, un Samsonov, qui en a plus de 40 42, on se dit qu’une carrière peut être très longue. Quand on est champion de France benjamins, minimes, cadets, on est sur la première marche du long escalier qui mène au haut niveau. C’est tellement long après, il faut tenir sur la durée, physiquement, mentalement, on peut avoir des blessures, mais l’important, c’est de garder  le cap. C’est ce que j’explique d’ailleurs souvent aux parents : il ne faut pas évaluer à chaque match, à chaque compétition, le niveau de son enfant. Il faut déterminer un cap et le rôle de l’environnement est d’être solidaire du projet de l’enfant. Donc le meilleur conseil que je pourrais donner aux parents, c’est de tenir le cap, on peut douter, parfois passer un an sans résultats, mais il ne faut pas dramatiser. Il faut résister et garder sa détermination, le travail paie toujours…

Parlons pour finir des Championnats d’Europe Jeunes qui auront lieu en juillet en Roumanie, quels seront les objectifs des équipes de France ?

Chez les cadets, des jeunes comme Prithika, Myshaal, Fabio (Rakotoarimanana) ont déjà montré qu’ils étaient extrêmement compétitifs sur le plan individuel dans les différents Open dans lesquels ils ont participé cette année. J’espère qu’ils vont confirmer, sachant que ça fait 3 ans que nous n’avons pas eu de médailles au plan individuel. Je pense qu’ils peuvent faire un podium et gagner la compétition. J’espère aussi qu’ils auront le charisme pour prendre le leadership de l’équipe pour la faire gagner en par équipes. En juniors, la tâche va être un peu plus difficile, il y a une concurrence assez sévère chez les filles, mais Lucie Gauthier a montré à la première session de qualification pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse qu’elle pouvait être très dangereuse. Elle partait n°10 et elle a terminé première en battant la Championne d’Europe en titre et la n°1 européenne. Je pense qu’en Lucie Gauthier, on a une  bonne leader, capable de battre tout le monde, ça elle peut être une bonne surprise. Du côté des garçons, on a un niveau relativement homogène, mais on manque d’un leader un peu charismatique qui entraîne l’équipe dans son sillage, à l’image d’Alexandre Cassin, il y a 2, 3 ans. Et la concurrence est très dure en Juniors aux CEJ, car chaque joueur(se) qui entre dans l’aire de jeu vient pour « tuer » l’autre, quels que soient l’adversaire et son statut. Tous les matchs sont dangereux, il n’y a jamais de certitudes et c’est une compétition qui est très longue, elle dure douze jours. Il faut apprendre à gérer les nombreux temps morts. Les athlètes qui arrivent à mener leur équipe sur la première marche sont rares, Cassin l’a fait à son époque, le Russe Sidorenko l’année dernière. Ce qui est très compliqué, c’est la capacité à tenir dans la durée, surtout quand on joue à la fois la médaille en par équipes et ensuite en individuel et en double, comme c’est notre cas. Nos leaders sont très sollicités, l’énergie qu’ils mettent en par équipes, il faut qu’ils parviennent à la mettre derrière en double et en simple, cette gestion est difficile. Pour conclure, je ne parlerai pas de nombre de médailles, mais je pense qu’on a beaucoup de potentiel. Beaucoup de joueur(se)s, concurrentiels sur la scène européenne peuvent aller loin, voire au bout, mais c’est long, c’est dur. Il y a de la concurrence et de l’intensité, et on a une cible dans le dos avec des équipes qui n’ont pas grand-chose à perdre quand elles nous affrontent.