De kensington Court à l'avenue de Versailles

La Fédération française de tennis de table est née en mars 1927, trois mois après la Fédération internationale. Jean Devys qui connaît l’histoire du tennis de table comme sa poche, raconte dans quel contexte une poignée de dirigeants portèrent à la présidence un certain Jean Foucault.

Cela s’est passé à Paris, au 147 de l’avenue de Versailles, le soir d’un beau mercredi de printemps...

C’était le 30 mars de l’an de grâce 1927 et autour d’une table de... tennis, dix présidents d’associations, pour le moins disparates, avaient décidé de se réunir.

Leur dénominateur commun : une petite balle en celluloïd. Leur but avoué : se fédérer. Ainsi est née la Fédération française de tennis de table ! Il y avait là, entre autres... Un juge-arbitre de lawn-tennis, Jean Foucault, représentant du Sporting Club de Paris... Un journaliste éminent (il fera autorité à France-Soir) du nom d’Alain Bernard qui dirigeait le Ping Pong Club de la rue Eblé...

Un aristocrate, le comte Palmiéri, défendant les intérêts d’un autre Ping-Pong Club, celui de... Paris... Un administrateur du célèbre Vel’d’Hiv et du Golf Training Club de Paris, un certain Frémont... Un athlète complet : Tola Vologe, international d’athlétisme et de hockey sur gazon, issu d’un des plus anciens clubs de la capitale : le Stade Français.

Rejoints par les présidents de deux autres prestigieux clubs omnisports qui étaient et sont toujours (même si, à l’instar du Stade Français, ils n’ont plus aujourd’hui de section pongiste !) le Racing-Club de France et le Club Athlétique des Sports Généraux (le réputé CASG), ceux des “Tennis-club” de... France et de... Montmorency, l’Union Sportive de Pontoise étant le second “banlieusard” de ce qui n’était pas encore le Val d’Oise mais la Seine-et-Oise originelle, préfiguration toutefois de l’expansion... provinciale. Ceux-là se nommaient Lefébure, Tissot, Hostein, Boutin et Dupuis.

L’élection de Jean Foucault à la présidence, la nomination de Jean Hostein au poste de secrétaire général n’avaient étonné personne, le lawn-tennis considérant alors, mais sans ostentation, ce qui n’était toujours que le ping-pong comme son cadet qu’il avait mission de protéger.

Comment en était-on arrivé là ?

Le ping français avait toujours été à la remorque de ce qui s’était passé outre-Manche comme en Europe centrale depuis les années 1880-90, période reconnue comme étant celle de la naissance du “jeu”. Il avait relativement suivi la “folie” éphémère du début du siècle sous le vocable particulier de pim-pam. Il subira totalement la léthargie accentuée en amont comme en aval de la deuxième décennie pour discrètement réagir lors de la “relance” des années 20 puisqu’il est prouvé qu’il existait un championnat de Paris, voire une coupe de Bordeaux, en 1924...

C’était sans commune mesure avec ce qui s’était déjà élaboré... ailleurs, de Londres à Cardiff, de Berlin à Vienne, de Prague à Budapest, voire de Copenhague à Stockholm.

Les Anglais, nous le savons, s’attribuent la paternité. Sans retomber dans une vaine querelle, il faut leur reconnaître qu’ils ont su, très vite, institutionnaliser le... tennis de table, le démarquer non seulement du lawn-tennis (en imposant, entre autres, un comptage différent) mais aussi du... ping-pong et de ses enjeux commerciaux, mieux encore de le doter de règles et de statuts précis qui, nonobstant quelques retouches, font toujours référence.

Nous le devons à un homme à la fois exceptionnel, atypique et éclectique : Ivor Montagu qui, étudiant à Cambridge, sera porté à la présidence de la Fédération anglaise dès 1922, à l’âge de... dix-huit ans avant de récupérer à son compte, mais pour notre profit, les destinées de ce qu’il appelait un agréable et simple divertissement pour en faire le sport universel que nous connaissons aujourd’hui.

Car, parallèlement, une fédération hongroise s’était constituée en 1924, imitée l’année suivante par les Allemands, les Tchécoslovaques, les Suédois avant qu’Autrichiens et Danois ne vinssent renforcer le mouvement.

L’idée d’une “union” européenne, à défaut d’être mondiale, n’avait pas échappé au Dr Lehmann, président de la DTTB et de l’influent “Tennis Club 1900 Gelb-Weiss” de Berlin, qui, en invitant une délégation anglaise à participer à un tournoi "amical" en janvier 1926 et à une réunion...informelle, allait être le détonateur.

Profitant de la présence de dirigeants (et joueurs tout à la fois) hongrois, autrichiens et même suédois, Ivo Montagu reprendra la balle au rebond en retournant l'invitation.

Allant jusqu'à la cautionner de ses propres Livres sterling, il saura convaincre la Fédération anglaise d'organiser en décembre de cette même année 1926 les "premiers" championnats d'Europe (dont on sait qu'ils seront rétroactivement appelés championnats du Monde en raison de la participation d'étudiants hindous !), convaincre encore sa mère, Lady Swaythling, d'offrir la coupe à l'équipe victorieuse (sept nations se la disputeront, la Hongrie se l'adjugera !) et son père, l'honorable Lord Montagu, non seulement de compléter la dotation mais aussi d'ouvrir la porte de la "library" familiale, hospitalité douillette s'il en fut, aux délégués des neuf pays ralliés à la cause. 

C'est ainsi que le dimanche 12 décembre 1926 au 28, Kensington Court à Londres, était signé l'acte constitutif de la Fédération internationale de tennis de table et, à l'unanimité, Ivor Montagu était élu président à vingt-deux ans. Il le restera jusqu'en 1967 !

Telle la poudre, la nouvelle allait franchir le "Channel". Dépités, voire vexés, dix présidents d'associations bien de chez nous jurèrent mais non trop tard qu'on ne les y reprendrait plus.

Du 28 Kensington Court au 147 de l'avenue de Versailles, il n'y aura plus désormais que l'espace d'un... trimestre.

Sous l'aile du tennis : décennie 1927-1937

Le ping-pong a vécu ses premières années, couvé sous l’aile du lawn-tennis. Jean Devys fait le récit d’une première décennie où des pionniers se sont battus pour se défaire de cette autorité devenue gênante et donner au tennis de table son émancipation. Une décennie qui a vu des champions étrangers affluer vers la France. Des artistes face auxquels Michel Haguenauer, “le vieux lion”, commença à se faire les griffes.

Restituer en quelques dizaines de lignes le déroulement évolutif d’un décennie, fut-elle la première, de notre fédération relève de la gageure et c’est d’autant moins dans les intentions du signataire que se concocte actuellement, sous la plume autorisée de Jean-Marc Silvain, un “almanach du tennis de table français” qui, dès mai prochain, répondra dans le détail à l’attente de tout pongiste bien conditionné pour qui la mémoire de notre sport demeure un garant... d’avenir.

Par ailleurs, il sera toujours loisible de se mettre en... appétit à travers l’excellente rétrospective que le regretté président-rédacteur Georges Duclos avait fait publier dans le n°326 de France tennis de table (février 1978) à l’occasion du 50e anniversaire de la FFTT.

C’est plutôt un regard d’historien qu’il sera porté sur cette période de dix ans qui aura été capitale pour l’essor du tennis de table dans l’Hexagone. Comme eût pu traduire un certain William, être ou pas n’est pas la véritable interrogation, la question c’est d’être, donc d’exister, de se développer, de pérenniser son existence.

Deux phénomènes (historiques) ont émaillé cette première décennie fédérale : l’influence bénéfique des étrangers implantés ou attirés sur le sol français, majoritairement hongrois, et l’antagonisme larvé, polémiste voire virulent, qui a persisté entre la Fédération française créée le 30 mars 1927, affiliée à l'ITTF dès janvier 1929, et le Comité de Paris, officialisé en 1932, mais qui, avec le recul du temps, s’est révélé déterminant et... positif.

On l’a vu, les “pionniers” de la FFTT étaient issus, pour la plupart, du monde du tennis. Le président Foucault sera même, à plusieurs reprises, juge-arbitre des championnats de ce sport, Jean Hostein, le secrétaire fondateur dont on dit qu’il fut l’âme de la FFTT balbutiante, était directeur du Palais du tennis à Paris, quant à Alain Bernard, le journaliste, il a été classé en “première série”. Mais, louablement, le premier “Conseil fédéral” n’aura de cesse que de vouloir s’octroyer une autonomie de fait dans la dépendance du... grand frère même s’il était exclu qu’il puisse y parvenir immédiatement et surtout totalement.

Il est symptomatique de noter que, dans les statuts et règlements promulgués dès le 14 avril 1927, le comptage officiellement reconnu l’était en points, jeux et sets, alors que les “21 points” avaient déjà force de loi partout, et que la table se divisait en deux... courts.

Côté publications, la solution de... facilité sera qu’à partir de novembre 1931, la Revue du tennis ouvre officiellement ses colonnes (bien liminai-res !) à la FFTT en se reconvertissant Revue du tennis et du ping-pong.

Sur le plan strictement sportif toutefois, les championnats de France individuels avaient été très tôt institués, organisés pour la première fois en février 1928, consacrant à trois reprises l’éclectique Raymond Verger, et ouverts à tous, étrangers compris, jusqu'à ce que le... Lithuanien Michel Glickman remporte le titre en 1931 et fasse... infléchir la position fédérale.

Un classement sera établi à l’issue des premiers “Nationaux” et des contacts enclenchés avec l’extérieur même si la participation aux championnats du Monde de 1929 à Budapest le sera aux frais des deux Français engagés individuellement (Verger, Desruols).

Quant aux affiliations (la FFTT étant fondamentalement une “fédération de clubs”), elles atteignaient la trentaine en 1931, certaines émanant désormais de la province avec, comme porte-drapeau, l’Union Sportive Stéphanoise qui a adhéré dès le mois de janvier 1928 !

Enfin, une secrétaire rétribuée tenait une permanence depuis le 1er décembre 1932...

Mais la “gestion” fédérale se limitait là et ce relatif immobilisme faisait piaffer d’impatience quelques animateurs plus spécifiquement “pongistes” qui présidaient aux destinées de nouveaux clubs de la capitale, ils avaient nom Marcel Corbillon (PPC France), gérant du célèbre “garage Marbeuf”, Valentin Bourquin (PPC Montparnasse), Pierre About (journaliste à L’Auto), etc... auxquels se rallieront le "pèlerin“ Raymond Verger et Tola Vologe.

Les élections du 1er juin 1932 seront la goutte d’eau qui fera déborder le vase. Usant des pouvoirs en... blanc des clubs provinciaux, l’équipe en place (le Comte Palmieri avait succédé au président Foucault en février 1929) se faisait réélire en bloc et éliminait de facto les... importuns.

La réaction ne se fera pas attendre : un Comité de Paris sera créé dans la foulée, véritable contre-pouvoir qui prendra à son compte les initiatives de “propagande” dont les plus marquantes auront été...l’édition d’un “journal” spécialisé, intitulé Ping-Pong et qui, sous la direction du tandem Constant Bourquin-Dubillot, paraîtra tous les 5 et 20 de chaque mois à partir du 5 décembre 1932, l'organisation du premier “tournoi populaire”, celui de l’INTRAN, réunissant en février/mars 1933... plus de 4.000 participant(e)s en quelque 100 points d’animation et sur... 200 tables, l’obtention des 8e championnats du Monde qui se dérouleront salle Marbeuf du 2 au 10 décembre 1933 avec, pour la première fois, une épreuve par équipes féminines dotée de la Coupe... Marcel Corbillon. Enfin, la fameuse “Croisade du Ping-Pong” - dont la fédération a eu le bon goût de ne pas se mêler (cf. journal du Ping-Pong du 5 mars 1933 !) qui sillonnera la France, et même la Suisse, en tous sens, incitant et aidant à la formation de nombreux clubs et à la mise en place de Comités régionaux.

De l’unique Comité de Guyenne et Gascogne fondé en juillet 1932 et organisateur en 1933 des premiers championnats de France disputés en province, l’effectif atteindra la vingtaine un an plus tard, allant du Languedoc-Roussillon au Littoral-Nord (Calais), de l’Alsace à la Bretagne. Quant aux clubs, ils dépassaient désormais les 600, ils avaient décuplé...

Dès lors, la “suite” était inéluctable : aux élections du 22 avril 1933, une nouvelle équipe, à direction parisienne certes mais qui avait su faire la part belle à la province, prenait les rênes de la fédération et Marcel Corbillon était élu président.

Et la relation est ici facile avec le deuxième phénomène : l’influence étrangère, combien bénéfique. Déjà dans les années 20, un certain Friche et le “petit” Almassi, tous deux Hongrois, avaient révélé les facettes du sport “tennis de table” tel qu’il se pratiquait sur les bords du Danube. Subjugué par les résultats de l’école magyare (trustant à 80% les titres mondiaux de la décennie !), Marcel Corbillon aura l’intelligence d’attirer à Paris l’incomparable Barna, les Bellak, Szabados et autres prestigieux “artistes” de la petite balle qui soulèveront l’enthousiasme du public (souvent la salle Marbeuf jouera à guichets fermés !), des champions français en devenir (dont le “vieux lion” Michel Haguenauer !) profitant au maximum de ces partenaires de “luxe”, de la Presse d’alors (L’Auto, L’Intransigeant, L'Illustration, Match, etc...) qui faisaient qu’en 1935, le tennis de table français était sorti de l’enfance.

Il n’était toutefois pas encore adulte, peut-être même avait-il grandi trop vite comme un adolescent en mal de... croissance qui cherchait en vain à se faire reconnaître du Comité national des sports comme fédération “dirigeante” (après un refus “tennistique” en février 1932, la FFTT n’avait été admise que comme fédération... d’application en novembre 1933).
Il n’en demeurait pas moins que d’importantes décisions avaient été prises, telles... l’obligation de se licencier à partir de la saison 1933/34 (5.128 le seront !), la reconnaissance statutaire des Comités régionaux, l’édition d’un bulletin officiel... unique “la Revue du Ping-Pong” (dont le numéro 1 date du 5 octobre 1935) sous la direction d’un certain Jean Prulière, la décision de “faire tourner” les championnats de France en province (Clermont-Ferrand en 1934, Tours en 1935, Nantes en 1936, Rouen en 1937, succéderont ainsi à Bordeaux), le lancement des “Internationaux” de France à partir de 1937, etc...

Mais cela n’en engendrait pas moins de réelles dissensions internes...

Réélu le 26 mai 1934, par ailleurs promu secrétaire de “langue française” au sein de l’ITTF à l’initiative d’Ivor Montagu (le “patron” du tennis de table international !), Marcel Corbillon sera en butte à des réactions de... palais, menacera de démissionner et le fera pour de bon le 1er juin 1935 !

Simple membre du Conseil fédéral, le Dr Guérin (père de Daniel, le jeune espoir qui promettait !) sera l'homme du consensus mais, après avoir été reconduit le 23 mai 1936 dans la fonction suprême, il déclarera ne pas vouloir aller au-delà du mandat (annuel).

Les “prochaines” élections fédérales avaient été programmées pour le 29 mai 1937.

Ce sera une journée... mémorable.

Malgré la guerre : décennie 1937-1947

La deuxième décennie de la vie de la Fédération française de tennis de table fut entrecoupée par la deuxième guerre mondiale. Une période marquée par des luttes d’influence et des rivalités entre dirigeants qui, pour la plupart, défendaient aussi des intérêts commerciaux. Le tennis de table apparaissait déjà comme une activité florissante puisqu’en mars 1944, on dénombrait 10.001 licenciés répartis en 605 clubs.

Il subsistait beaucoup d’interrogations sur ce Dr Guérin qui, pourtant, aura présidé aux destinées de la FFTT de 1935 à 1937. Son prénom même restait une énigme...

L’on sait aujourd’hui que Charles Guérin, docteur en médecine et grand bibliophile devant l’éternel, n'était entré au Conseil fédéral que parce que ses deux fils, Jean-Claude et Daniel, excellaient dans l’art de dompter la petite balle de celluloïd.

Dans “ses” sports de prédilection, l’escrime, et de passion, le tennis, le Dr Guérin avait lui-même été un grand champion : de France au fleuret avant 1914, de tennis en 3e série. En tant que dirigeant, longtemps membre du Comité directeur de la Fédération française d’escrime, il avait été capitaine de l'équipe tricolore (fleuret) aux “Jeux“ de Paris en 1924 et d’Amsterdam en 1928. On dit même qu’au double titre d’officiel et de médecin, il avait “arbitré” de “vrais” duels avant la première guerre mondiale.

Le Dr Guérin avait décidé de ne pas se représenter aux élections de 1937 et ce départ laissait libre cours à toutes les supputations, voire ambitions. Incontestablement, Marcel Corbillon s’était révélé comme la plus forte personnalité du tennis de table français mais ses prises de position autocratiques, ses légendaires éclats de voix, indisposaient plus d’un de ses collègues. De son côté, Jean Prulière, juge-arbitre qualifié et directeur de la Revue du Ping-Pong, avait aussi l’envergure mais, à la tête de la Maison S.P.O.R.T., il se savait taxé de “juge et partie”, préférant donc attendre son heure. La province avait ses hommes forts, le Bordelais Garrigues, le Nantais Delarue et surtout le bouillant, voire autonomiste, président du Comité de Picardie, l’Abbevillois René Bouet, n’étant pas que de simples observateurs. Mais chacun était condamné à (trop) diviser pour régner...

Est-ce le Dr Guérin qui a désigné le dénommé Robert Parent comme le présidentiable de circonstance ? Ou cette candidature avait-elle été informellement suggérée lors du premier “Congrès des dirigeants” tenu le 4 avril à Rouen dans le cadre des 10ème championnats de France individuels (vainqueurs : Michel Haguenauer et Jeanne Delay) ?

Difficile à démontrer mais il est certain que Robert Parent n’était pas inconnu dans le milieu et, paradoxalement, on ne lui reprochait pas d’être le directeur de la Maison Ludarva (rue de Réaumur), concessionnaire des balles et raquettes... Barna. Il avait pour lui d’être charmant, élégant, correct, peu disert certes mais sachant écouter et se renseigner. Sous le boisseau, il avait la faveur du pronostic.

Ses partisans avaient simplement sous-estimé une seule hypothèse : sa... non-élection, laquelle relancera tous les débats au cours de la réunion du Conseil en ce 29 mai 1937. Avec un dénouement totalement inattendu : la démission (calculée ?) de l’élu Boissonnet, autorisant statutairement à coopter le premier des... battus. Le PV officiel de cette réunion “historique” (se terminant le... 30 mai à 1h15) ne dit pas combien de tours il aura fallu pour départager “les” candidats mais, de retrait en retrait, Robert Parent allait rester seul en lice et être élu président de la FFTT, une de ses premières décisions étant de faire nommer le sus-visé Boissonnet commissaire aux... comptes !

Ce sera un très bon président, habile à constituer un “Bureau” d’union, conservant les anciens à des postes-clefs, sachant imposer des nouveaux de qualité (dont Henri Delay, le père de Jeanne, bientôt promu au poste délicat de secrétaire général mais hélas disparu en février 1938), habile encore à se faire l’arbitre des rivalités et polémiques qui continuaient à se manifester, habile enfin à anticiper sur les velléités de démissions (il y en aura pourtant et non des moindres, aussi vite reprises qu’émises !).

Robert Parent contrôlera l’évolution du secrétariat (le siège fédéral émigrant de la rue Saint-Augustin au 32 de la rue de Londres via le... domicile de la famille Delay, boulevard Pereire !), arbitrera la concurrence de la Revue du Ping-Pong et de Tennis de Table (édité à partir d’octobre 1937), la première nommée reprenant vite ses droits... exclusifs sous la houlette du Comité de Paris et la direction de... Jean Prulière. Il veillera enfin à ce que les nouvelles règles internationales (abaissement du filet, service main ouverte, limitation du temps), voire la... stricte uniformisation de la tenue vestimentaire, soient partout respectées.

En dépit de certaines “campagnes” de délation, ce “mal élu” (dixit René Bouet) qu’était Robert Parent sera normalement réélu en 1938 puis en 1939, tenant ferme les rênes de la fédération jusqu'à sa mobilisation comme lieutenant d’artillerie, à un moment où le “ping-pong” français, fort de ses organisations tant nationales (Internationaux de France remportés par le Polonais Ehrlich, Tournoi de l'Exposition universelle en 1937 consacrant le jeune Tchèque Vana) que régionales (Tournoi de l’Echo du Nord, de Marseille-Matin) et de sa réputation naissante sur le plan international après des années de balbutiements (nous reviendrons sur les premières médailles tricolores aux championnats du Monde) semblait avoir pris sa vitesse de croisière... C’est d’ailleurs sous la présidence de Robert Parent que la FFTT sera enfin admise au Comité national des sports en tant que “Fédération dirigeante” puis agréée comme telle par le gouvernement, lui donnant droit à ses premières subventions.

La déclaration de guerre, la mobilisation quasi-générale des membres du Conseil élus le 20 mai 1939 (par 124 clubs représentés sur 330), si elles allaient inéluctablement contrarier cette ascension, ne la briseront pas pour autant et le constat, assez exceptionnel dans les sphères du sport français, est à porter à l’actif de Jean Prulière qui, après avoir poursuivi la parution (ronéotypée) de la Revue du Ping-Pong/édition de guerre et assuré l’administration fédérale jusqu'à l’invasion de mai 1940, sera l'instigateur de la “réorganisation” dès le mois de septembre en dépit des difficultés drainées par la division de la France en deux zones (le Marseillais G. Laupie supervisant celle dite libre).

Mais bien vite, il lui faudra tenir compte de la mise en place d’un Commissariat général aux sports (avec la nomination à sa tête du célèbre “mousquetaire” Jean Borotra !) et de la promulgation, le 20 décembre 1940, d’une charte des sports qui annulait virtuellement la loi de 1901 sur les associations et sera rendue applicable à partir du 1er mars 1942.

Entre autres mesures... imposées : l’obligation de la carte sportive à tous les pratiquants, l’édition avec abonnement forcé, d’une publication commune à Tous les Sports (c’était d’ailleurs son appellation... contrôlée) et surtout la “nomination” des présidents de fédérations.

A l’instar d’autres disciplines, Robert Parent eût pu être reconduit dans sa fonction présidentielle, le Commissariat général en décidera autrement et le J.O. du 8 avril 1942 “désignait”... Marcel Corbillon (rapatrié après quatorze mois de captivité) tout en lui imposant... René Bouet comme premier vice-président. Pour qui connaissait les relations conflictuelles entre les deux hommes, cela sentait la poudre et de fait, chacun s’évertuera d’user d’influence auprès du Colonel Pascot (qui avait remplacé Jean Borotra le 20 avril) pour éliminer... l’autre. Le résultat sera qu’un troisième larron, en l’occurrence Robert Foulon, ancien secrétaire général de la Fédération de... lawn-tennis, encore président du Comité de Paris dans ce sport, sera nommé “administrateur” de la FFTT en novembre 1942 puis président à titre provisoire en mars 1943, enfin “officialisé” le 16 février 1944 avec, comme vice-président, René Bouet (dont on dit qu’il aura été un moment président de la Fédération de... handball).

En ces temps-là et malgré toutes les contraintes de l’Occupation (les deux zones avaient été réunifiées entre-temps), le tennis de table se portait bien, affichant en mars 1944 : 605 clubs et 10.0001 licenciés, l’Île-de-France (ex-Comité de Paris... élargi) et les Flandres (ex-Comité du Nord de la France) dominant qualitativement et quantitativement, s’octroyant alternativement les succès tant dans la Coupe Inter-Comités qu’en Coupe de France (AS Française, OIC Lille), la suprématie parisienne s’avérant plus sereine en Coupe Delay (équipes féminines). Quant aux championnats de France individuels, interrompus trois ans durant pour laisser place à des Critériums fédéraux de zones, ils seront à nouveau organisés en 1943 à Vichy et en avril 1944 à Paris. Charles Dubouillé puis le tout jeune Azuréen Guy Amouretti (18 ans) en seront les héros, succédant ainsi à l’inédit Maurice Bordrez qui, en 1939, à Marseille, avait mis fin à la série de Michel Haguenauer. Côté féminin, Yolande Logelin faisait oublier Ginette Soulage (1939) et Jeanne Delay (1937 et 1938), provisoirement éloignée des tables.

Surviendront alors la Libération... et le retrait de Robert Foulon. Dès lors, l’ordonnance qui avait été promulguée à Alger en octobre 1943 et qui abrogeait la charte (vichyssoise) des sports, remettait en vigueur les statuts de... 1939.

Dès septembre 1944, fort de l’aval du Commissaire provisoire aux Sports, Jean Prulière provoquera une réunion au siège de la FFTT, 32, rue de Londres, à laquelle seront conviés tout à la fois les membres élus de 1939 et ceux nommés en 1942 (dont Pierre Ceccaldi et Marcel Torck, secrétaire général). De cette entente émanera un Comité provisoire de gestion qui offrira la présidence à... Robert Parent, lequel déclinera l’invitation.

Autre tournant... historique ! Au bénéfice de l’ancienneté, Jean Prulière sera désigné président par intérim en attendant qu’une Assemblée générale, régulièrement convoquée, procède à des élections en bonne et due forme.

Celle-ci avait été programmée en mars 1945 à l’occasion des championnats de France disputés salle Wagram à Paris (vainqueurs : Alex Agopoff et Yolande Logelin, celle-ci pour la troisième fois consécutive) mais en l’absence de directives du Commissariat aux sports, elle ne pourra avoir lieu. En foi de quoi, conformément aux statuts d’avant-guerre, le Comité provisoire de gestion n’aura d’autre solution que de se... dissoudre, laissant place en avril à un Conseil de 19 membres, amalgame d’élus de 1939 (11 avaient donné leur accord) et de nommés de 1942 (8), qui porteront, toujours provisoirement, Jean Prulière à la présidence.

Le 28 août enfin, l’ordonnance sur le Sport français sera promulguée, donnant délégation de pouvoirs aux fédérations. Et même si la FFTT, à la requête de Marcel Corbillon, proclamait ouvertement son désaccord avec les directives ministérielles (contraires à ses statuts), elle n’en convoquera pas moins son Assemblée générale le 1er décembre 1945 (la première depuis le 20 mai 1939) sous la présidence du Comte Palmieri, prénommé Fernand. Un conseil de 18 membres élus pour trois ans mais avec renouvellement par tiers chaque année, sera ainsi mis en place par les représentants des Comités régionaux (et non plus des clubs).

Robert Parent, dernier des... non-élus, quittait définitivement la scène fédérale alors que Jean Prulière était plébiscité à la présidence, inaugurant une nouvelle... décennie, alors que Jacques Weill, qui avait été successivement président du Comité de Paris et secrétaire général fédéral, remplaçait Marcel Corbillon aux “relations internationales”.

En ce domaine, le nouveau “comité” de la FFTT ne pouvait oublier qu’au Congrès ITTF de 1939 au Caire, son délégué Alphonse Lejosne avait obtenu que les championnats du Monde de... 1940 soient disputés à Paris. Organisant une réunion de concertation le 22 juin 1946, à laquelle participera Ivor Montagu, l'inamovible président de la Fédération internationale, il sera conforté par la décision optionnelle de confier à la France les premiers “Mondiaux” de l’après-guerre.

Mais, dans l’intervalle, toujours dans la capitale, Maurice Bordrez avait renoué avec le titre de champion de France et Angèle Joing, autre Nordiste, avait interrompu... provisoirement le règne de Yolande Logelin. En 1947, les championnats de France individuels retrouveront la Province et l’histoire (pongiste) étant aussi un éternel recommencement, ils seront tenus à Bordeaux...

La Coupe de France, elle, avait suscité un engouement sans pareil, rassemblant quelque 1.300 équipes en 1945 (vainqueur : A.S. Française) comme en 1946 (Excelsior Roubaix), la Coupe Interligues (ex inter-comités) avait consacré successivement la Provence, l’Île-de-France et les Flandres si l’Anjou était enfin parvenu à contester la supériorité “parisienne” en Coupe Delay.

Quant à la revue fédérale, malgré une inimaginable pénurie du papier, elle sera relancée par Marcel Torck dès le 1er décembre 1944, désormais intitulée Tennis de Table. Lequel aura désormais force de loi en dépit des efforts de René Zahnd, joueur, dirigeant et journaliste, de la concurrencer par la... Revue du Ping-Pong puis par un France Ping-Pong qui, bien que remarquablement documenté, ne durera pourtant que l’espace d’un trimestre.

En octobre 1945, un dirigeant de Tours, imprimeur de son état, Paul-Jules Bardin, palliera la démission de Marcel Torck, trop pris par ses activités professionnelles (Coopérative d’articles de sport établie sur le même palier que la... fédération !), en reprenant à son compte la gestion de Tennis de Table qui, dès lors, ne cessera de se développer et de s’améliorer.

Paris 1947 : 14e championnats du Monde...

Alors que Manchester s’apprête à accueillir les championnats du Monde 1997 et qu’on murmure une possible candidature de la France pour 2003, Jean Devys fait un retour de cinquante ans en arrière sur Paris 1947. Le monde sportif, le monde en général se remet de la Guerre. L’équipe de France composée de Michel Haguenauer, Guy Amouretti, Maurice Bordrez monte sur la troisième marche du podium. Récit détaillé.

Conformément à la résolution de l’ITTF, votée lors du Congrès du Caire en mars 1939, sur intervention du délégué de la FFTT, l’Artésien Alphonse Lejosne (qui avait remplacé au pied levé Jean Prulière, souffrant), l’organisation des 14e championnats du Monde avait de nouveau été confiée à Paris pour 1940. Le tout nouveau stade (couvert) Pierre de Coubertin, inauguré à l’occasion de l’Exposition universelle de 1937, devait en être le théâtre et Jacques Weill, président du comité de Paris, le commissaire général...

La déclaration de guerre, hélas, en décidera autrement !

On le sait, le même Jacques Weill, promu après la Libération responsable des relations internationales au sein de la FFTT, désormais présidée par Jean Prulière, allait obtenir d’Ivor Montagu, venu à Paris le 22 juin 1946, que la France conservât l’option de prendre en charge lesdits championnats du Monde, les premiers de l’après-guerre, sept années après la date prévue.

Le conseil fédéral ayant donné son accord, les 14e championnats du Monde seront ainsi fixés du vendredi 28 février au vendredi 7 mars 1947 et leur organisation placée sous la responsabilité de... Jacques Weill. Seulement, le stade Pierre de Coubertin n’avait pas résisté aux bombardements de Boulogne-Billancourt et le choix d’une nouvelle implantation dans la capitale même s’avérait délicat. La direction du Racing-Club de France sauvera la mise “fédérale” en louant les installations tennistiques de la rue Eblé dans le 7e arrondissement, il y sera disposé onze tables dans les conditions réglementaires de l’époque, à savoir des aires de jeu de douze mètres sur six. Seule la soirée finale du 7 mars, pour une simple raison de capacité spectateurs, sera déplacée au palais des sports du boulevard de Grenelle, plus connu sous l’appellation du Vél d’Hiv.

La FFTT n’avait toutefois que quelques semaines devant elle pour mettre sur pied une manifestation d'une telle envergure, contrariée par des préoccupations de toutes sortes comme la quête hypothétique de subventions (les délégations étrangères et les dirigeants de l’ITTF étant, entre autres, à charge des organisateurs !) et, fait totalement inattendu en cette période troublée, en proie encore et toujours aux restrictions en tous genres, une grève prolongée de toute la presse parisienne. Les Prulière, Weill, Agopoff (suite à la démission de Marcel Torck, le champion de France 1945 avait été promu secrétaire général adjoint de la FFTT !) et autres allaient prendre - et  résoudre - les problèmes à bras-le-corps, lançant une souscription volontaire qui, bien que restant en deçà des espérances, n’en dépassera pas moins les 200.000 francs de l’époque (par comparaison, l’affranchissement d’une lettre se faisait au moyen d’un timbre de 4 francs 50... anciens) et surtout, utilisait toutes les possibilités parisiennes du système D. C’est ainsi que les murs de la capitale se couvriront d’affiches (dont l’une est aujourd’hui en bonne place au siège de Montrouge !) et suprême trouvaille, cautionnée par le conseil municipal de Paris, une camionnette affublée d’un haut-parleur sillonnera les principales artères de la ville.

Les membres parisiens du conseil fédéral multiplieront les réunions préparatoires, constitueront une équipe organisationnelle de quelque 100 “bénévoles” dont une quarantaine d’arbitres, fait unique alors dans l’histoire des championnats du Monde (nous y avons relevé les noms des Brantschen, Lollier, Magnien, etc...), tant et si bien que tout était prêt le jour “J” pour accueillir les vingt délégations participantes, émanant de quatre continents (seule l’Océanie était absente), nouveau record de l'épreuve.

Mais avant que de commenter ce qu’ont été ces premiers championnats du Monde de l’après-guerre, il est bon de faire un bref retour en arrière. Disons-le, en 1946-47, les points de comparaison objectifs faisaient défaut, les hostilités ayant rejeté dans l’ombre les champions d’avant 1940, notamment ceux de l’Europe centrale. Fait notable, les grands champions de la décennie avaient pratiquement tous survécu, certains s’expatriant en Angleterre (Barna, Bergmann), voire au USA (Bellak). D’autres, néanmoins, auront payé un lourd tribut aux événements, tels le Franco-Polonais Alex Ehrlich revenu par miracle du terrible camp de Buchenwald (il sera sauvé du four crématoire par un geôlier... pongiste qui l’avait identifié !) ou le Roumain, d’origine hongroise, Farkas Paneth qui sera le seul rescapé de sa famille...

Seule exception à la règle, l’Open d’Angleterre avait pu se dérouler au début de l’année 1940 à Londres, Michel Haguenauer y avait même défait le prestigieux Barna mais Richard Bergmann, le champion du Monde en titre, chez lui Outre-Manche, l’avait privé de la consécration.

Après la cessation des hostilités, c’est pourtant la France qui avait relancé l’activité inter-pays en réorganisant, salle Wagram à Paris, ses championnats internationaux. Richard Bergmann sera encore le maître mais avec une belle réplique, en finale, du jeune champion niçois Guy Amouretti, s'adjugeant par ailleurs le double avec... Michel Haguenauer. Cela ne dépassait pas toutefois le stade d’une confrontation franco-britannique. Il est vrai que l’English Table Tennis Association, avec ses 170.000 pratiquants (dix fois plus qu’en France), était alors la première nation pongiste d’Europe et du Monde.

L’Open de Wembley, disputé en avril 1946, le démontrera et les quelque 9.000 spectateurs présents, enthousiastes, auront le privilège d’assister au retour en force des Tchèques avec, à leur tête, un certain Vana (vainqueur du Tournoi de l’Exposition en 1937 et champion du Monde, ici même, en 1938 !) qui mystifiera de son coup droit les défenses des maîtres Barna et Bergmann.

Faute de moyens, les Tchèques ne pourront prendre part à l’ultime répétition que seront les "Internationaux” de France organisés, toujours salle Wagram, du 28 décembre 1946 au 3 janvier 1947. Surprise combien agréable, Guy Amouretti les remportera aux dépens de Victor Barna. L'Anglais Leach s’y révèlera en gagnant les deux doubles et surtout, ses consoeurs Vera Dace et Elizabeth Blackbourn feront alors figure de grandissimes favorites pour les titres mondiaux.

Et les chances tricolores ?

Tout un chacun se souvenait des... 8e championnats du Monde organisés salle Marbeuf du 2 au 10 décembre 1933, lesquels, bien qu’encore outrageusement dominés par les Hongrois (se retrouvant à... quatre en demi-finales du simple messieurs !), avaient enfin mis sur orbite le tennis de table français qui avait jusqu’alors balbutié (10e sur... 10 en Coupe Swaythling à Prague en 1932, 9e sur 11 l’année suivante à Baden-bei-Wien). Pour la première fois, la France de Michel Haguenauer y obtenait un accessit, terminant à la 5e place après avoir tenu la dragée haute à l’Autriche et à la Pologne (4/5), qu’elle confirmera en 1936 à Prague en accédant au podium (3e, 4e places).

Sur le plan individuel, l’Histoire retiendra qu’une Française : Marcelle Delacour aura été demi-finaliste du simple dames en février 1935 à Londres avant de disparaître de la scène pongiste (?) et que Raoul Bédoc aura été deux fois demi-finaliste du double messieurs, cette même année 1935 avec la complicité du talentueux Daniel Guérin (qui, lui aussi, remisera très vite la raquette) puis en 1939, au Caire, avec le renfort appréciable de Michel Haguenauer.

Par enchaînement, le grand Michel aurait été tout naturellement le plus sérieux prétendant à une victoire “parisienne” s’il n’avait été lui-même meurtri dans sa chair durant la guerre. Arrêté par la Gestapo mais plus heureux en cela que l’éclectique Tola Vologe (le membre-fondateur de la FFTT a été fusillé à Lyon par les Allemands), il avait dû son salut en s’évadant du tristement célèbre Fort de Montluc, non sans y avoir laissé beaucoup de kilos et de forces qu’il tardait à recouvrer. Mais toute la France pongiste avait placé ses espoirs en Guy Amouretti qui affichait une forme transcendante depuis la Libération, plus qu’en Bordrez (brillamment... inconstant) ou qu’en Agopoff (pris par... l'oganisation).

Quant à la gent féminine, si Yolande Logelin, la Tourangelle, dominait alors ses partenaires françaises, sur le plan international tout au moins, elle ne soutenait pas encore la comparaison avec les étrangères.

C’est dans ce climat et avec les balles “Barna” que les trois coups des 14e championnats du Monde seront donnés sur les onze tables “Semper-Super” de la rue Eblé en ce vendredi 28 février 1947 !

Pour avoir su constituer un tandem exemplaire de complémentarité avec Jacques Weill, le président Prulière se persuadait que le plus dur avait été fait. Il le devait aussi, outre ceux déjà cités, à d’autres dirigeants de grande qualité du type Ceccaldi (relations publiques), Marc (trésorerie), Bardin (revue, imprimés), Bisson (accueil), Torck (publicité, presse), Guérel (matériel), Domingo (arbitrage), mais, dixit G. Millot la quasi-totalité des membres du conseil fédéral comme du comité de Paris s’était mobilisée. Enfin le juge-arbitre, était tout simplement... Marcel Corbillon qui s’était désigné comme adjoint son compère de l’épique époque 1932-36 : Valentin Bourquin. L’Union sacrée en quelque sorte, c’était aussi remarquable que... remarqué (voire commenté).

Quant aux délégations étrangères, souvent au prix de longs trajets, de tracasseries de toutes sortes aux... frontières (l’équipe belge mettra... neuf heures pour rallier Bruxelles au retour !), elles étaient toutes arrivées à bon port, “décemment” logées dans les hôtels proches de la rue Eblé et... satisfaites car habituées aux restrictions, voire au manque de... chauffage.

Au total, cela représentait quelque 170 joueurs et 70 joueuses qui, de 9 heures du matin à passé minuit, durant quatre journées consécutives, allaient transformer le premier étage de la rue Eblé en une véritable fourmilière, au grand étonnement de tous les observateurs (journalistes... étrangers notamment).

Le lundi 3 mars sera la journée des titres. Comme le soulignera très justement Pierre Ceccaldi dans son compte-rendu, pour la première fois dans l’histoire des championnats du Monde, la suprématie des meilleures équipes s’avérera évidente, dispensant (heureusement pour l’horaire) de recourir aux traditionnels barrages.

En Coupe Corbillon, comme prévu, l’Angleterre, grâce à son inexpugnable duo Dace/Blackbourn, aura succédé à la “grande” Allemagne (vainqueur en 1939) en dominant en finale l’inédite formation hongroise composée des jeunes Farkas et Karpati... sans perdre le moindre set. Se partageaient le bronze : la Tchécoslovaquie (vieillissante) et les USA (à l’équipe pourtant renouvelée).

Quant aux Françaises (Logelin, Joing, Nicolas, Chalamel), elles n’avaient pu terminer qu’à la sixième place de leur groupe, s’inclinant certes logiquement devant Anglaises et Américaines (0/3) mais aussi devant la Belgique de Mme Detournay (1/3) et la Suisse (2/3), sauvant l’honneur face à l’Ecosse (3/1) et à la Suède (3/2).

Le satisfecit sera plus éclatant pour l’équipe de France masculine des Haguenauer, Amouretti, Bordrez (l’ossature !), Lanskoy et... Agopoff (au four et au moulin) qui avait aligné les succès sur la Hongrie 5/2 (2 v. de Soos), la Suisse 5.0, le Pays-de-Galles 5.0, les Indes 5.0, l’Angleterre 5.3 (2 v. de Leach, 1 de Casofsky), la Hollande 5.0 avant d’affronter les USA pour l’accession en finale.

La fatigue (mal) aidant, la déception sera alors au rendez-vous, sur un score cinglant qui ne donnait aucunement le reflet de la “bataille” ainsi que l’illustrent les détails ci-après : Pagliaro bat Amouretti 14.15. Schiff bat Haguenauer -22.20.17. Miles bat Bordrez 19.15. Pagliaro bat Haguenauer 17.17. Miles bat Amouretti 24.-11.19. C’était là les deux premières défaites du Niçois, d’ailleurs dépité, mais la France, comme en 1936 à Prague, était sur le podium, partageant le bronze avec l’Autriche (elle aussi étrillée 0.5 par la Tchécoslovaquie !).

La conquête de la Coupe Swaythling sera presque une formalité pour les Tchèques, très homogènes mais aussi superbement emmenés par Bohumil Vana, qui disposeront des Américains sur le score éloquent de 5.2, seuls le défenseur Pagliaro (sur Andreadis) et Schiff (sur Tereba) atténuant l'addition.

La journée de repos, le mardi 4 mars, sera tout à la fois consacrée à la visite du château de Versailles et aux... pronostics, revus et corrigés en l’absence de Richard Bergmann. Qui pourrait désormais battre en brêche la supériorité tchèque en messieurs et l’impériale domination anglaise chez ces dames ?

Les tables... lentes allaient toutefois jouer un mauvais tour aux premiers nommés, même Vana frisant la correctionnelle devant le Suédois Flisberg (3.2 !) mais étant mieux loti que les Slar, Andreadis et Tereba, s’inclinant successivement devant les Haguenauer (qui, infirmant les craintes émises, sera le meilleur Tricolore !), Ehrlich (ressuscité) et Leach (lequel, pourtant, aura été mené 0/2 par... Alex Agopoff, l’énergie personnifiée). Les Américains n’avaient guère été plus heureux, Sol Schiff disparaissant au deuxième tour des mains du modeste Velk et Richard Miles, peut-être trop porté au pinacle, subissant la loi de... Leach. Quant à Viktor Barna, muselé par le troisième Yankee et défenseur Louis Pagliaro, il n’aura de hâte que de se consoler dans les doubles (deux fois demi-finaliste).

Côté français, désillusion pour Guy Amouretti, barré en huitième de finale par le même Pagliaro, tout comme pour Maurice Bordrez, battu en seizième par le quatrième américain Holzrichter.

En foi de quoi, les quarts de finale rassembleront de façon inattendue deux Anglais : Leach et Carrington (qui s’entrebattront) ; deux Hongrois : l’ancien Soos et le nouveau (s’y révélant), un certain Ferenc Sido, l’étonnant Ehrlich, Michel Haguenauer (qui avait confirmé sur le Hongrois Farkas et le “violoniste” anglais Bubley !) et enfin les rescapés Pagliaro pour les USA et Vana pour la Tchécolovaquie. Tel Horace, celui-ci aura le dernier mot en grand champion pour avoir su s’adapter à toutes les circonstances, écartant les Leach et Sido (tombeur de Pagliaro), retrouvant le “Saint-Bride Vase” conquis en... 1938.

Quant à Michel Haguenauer, son élimination en quart de finale de la “raquette” de Sido, elle mérite d'être narrée. Confiant après son net succès par équipes, notre “vieux lion” remportait normalement le premier set et mènera 20.18 dans le deuxième après qu’involontairement, pris à contre-pied, son adversaire eut cassé sa raquette... sans espoir de rechange ! Magnanime, Michel allait lui proposer une des siennes... avec laquelle le colosse magyar assènera quatre points... gagnants. Le sort avait changé de camp, Sido l’emportera 3/1 ! Et quelques années plus tard, il sera champion du Monde avec la dite raquette...

A Paris, ce n’est pas une Anglaise qui s’emparera du trophée G. Geist, détenu par la Tchèque Vlasta Depretisova (battue par la Française Catherine Mesiki !) mais une Hongroise totalement inconnue avant ces championnats du Monde de Paris : Gisella Farkas. Son triomphe, toutefois, ne devait rien au hasard et pas plus que la grandissime favorite Vera Dace, en demi-finale, Elizabeth Blackbourn ne saura l’inquiéter à l’ultime échelon. Mieux même, la jeune joueuse de Budapest (21 ans) réalisera un authentique triplé, remportant le double dames avec Trude Pritzi, redevenue autrichienne, et le mixte avec le rusé Ferenc Soos, habitué aux places d’honneur.

A l’instar du “prince” Bohumil Vana, également lauréat en double messieurs avec son coéquipier Adoph Slar, Gisella (Gizi) Farkas aura ainsi été la reine de Paris. Joueuse dotée d’une rare intelligence, elle n’en restera pas là...

Côté français, il n’y avait pas lieu de pavoiser mais notre meilleure représentante Yolande Logelin avait eu la malchance d’écoper au premier tour de Trude Pritzi et à l’impossible ?
Précédée d’une somptueuse réception à l’Hôtel de Ville de Paris, la soirée finale de ces 14e championnats du Monde s’est déroulée au Palais des sports (Vel d’Hiv) du boulevard de Grenelle et ce, devant un nombreux public estimé à près de 6.000 personnes qui avaient déboursé de 75 francs pour une simple place de gradin à 300 francs pour un fauteuil de piste, donnant droit à... sept matchs (demi-finales du simple messieurs et les cinq finales) et à près de... cinq heures de spectacle.

De nombreuses personnalités étaient présentes, à commencer par un certain François Mitterrand qui, en tant que ministre des... Anciens Combattants, représentait le gouvernement en... connaisseur puisqu’ancien joueur de 3e série (à Jarnac), accompagné, entre autres, du chef de cabinet de la présidence du Conseil, du directeur du comité national des sports, du vice-président du conseil municipal de Paris, des consuls de Grande-Bretagne et d’Autriche, etc...

Quant à la presse française, elle comptait hélas sur le seul Miroir-Sprint... qui nous a légué quelques bonnes illustrations ! Pour le reste, la revue fédérale Tennis de Table et quelques archives... récupérées, malheureusement incomplètes, ont permis ce retour en arrière sur des championnats du Monde anniversaires mais... héroïques, les derniers qu’ait jamais organisés notre pays. Pouvons-nous espérer que 2003 comblera cette lacune ? Acceptons-en l’augure !

La décennie Jean Prulière : décennie 1947-1957

La décennie 1947-1957 a été marquée par la présidence de Jean Prulière. Une période qui vit l’instauration du polo gris, la réforme du service, la limitation de la durée du set, la standardisation de la raquette. Dominèrent au plan sportif Guy Amouretti, Michel Haguenauer et René Roothooft chez les hommes et surtout Christiane Watel chez les féminines qui s’octroya six titres d’affilée. Il fallait attribuer une paternité à la décennie 1947-57, Jean Prulière la mériterait sans conteste. Car, pour la première fois dans l’histoire du tennis de table français, un président aura duré, en-deçà comme au-delà, d’une décennie. Elu par intérim du “Conseil provisoire” mis en place après la Libération, Jean Prulière le sera “réglementairement” par l’assemblée générale du 1er décembre 1945 et constamment reconduit jusqu'à et y compris celle du 6 mai 1957 à Paris, celle qui concerne cette rétrospective, celle aussi du Trentenaire de notre fédération. Quarante ans déjà !

Non pas que le “président” fît toujours l’unanimité, souvent mis en porte-à-faux par son commerce d'articles de S.P.O.R.T., spécialisé dans le tennis de table, source d’opposition subjective (pour ne pas dire plus !) dans les campagnes pré-électorales, mais il aura pu compter sur une équipe dirigeante quasi-stable durant toutes les années de son règne (non achevé en 1957). Cela était dû en grande partie au système électoral élaboré par l’ordonnance du 25 novembre 1946 qui avait redonné le droit électif aux clubs, en fait majoritairement à ceux qui étaient “représentés” au conseil, nonobstant le fait qu’ils disposaient en sus de procurations. Comment, dans ces conditions, “sortir” les sortants ? Terrible arme à double tranchant qui assurait tout à la fois une homogénéité au conseil mais aussi l’usure du... pouvoir.

Pour les “nouveaux” candidats, il restait à faire preuve de patience, donc accepter d’être battus une ou plusieurs fois (ce sera ainsi le passage obligé pour des dirigeants aussi exceptionnels que Jean Bélot, Jean Mercier, Gérard Lollier ou Georges Duclos !), voire avec un peu de chance ou d’opportunisme, se faire coopter lors d’une problématique démission en cours de mandat et intégrer le... clan (Jean-René Domingo, Jean-Louis Vigier). Et l’incongru sera que les exceptions à la règle seront des grands serviteurs de l’Etat pongiste comme Jacques Weill et Marcel Torck, les artisans du renouveau, comme le Lyonnais Georges Millot (qui avait institué puis administré la commission des arbitres), comme le Beauvaisien Jean Leménager (le rapporteur au classement), les seuls grands battus de la décennie. Il est toujours des raisons que la Raison ignore...

Stabilité donc ! Oui, certes, quand on constate que le Normand Eugène Plantrou (élu depuis 1936), d'abord avec Pierre Ceccaldi, ensuite avec le Jarnaçais Maurice Thoret-le-Duc, ait pu demeurer un inamovible vice-président, imité par le - bien nommé - trésorier général Jean Funfschilling. Seul, le secrétariat (général comme administratif) sera relativement mouvant, voire pris en cible, le Picard Jean Bélot - qui, lui aussi, vivait professionnellement d’un commerce “pongiste” - suppléant l’infortuné Jacques Weill, reprenant le poste après une éviction... troublante en 1954 (les Corbillon, Prulière et Domingo assurant trois intérims successifs en... quatre mois) jusqu'à ce qu’un certain Jean Mercier, intendant militaire de son état, se vît confier la fonction après les élections du Trentenaire !

Pendant ce temps en 1951, le siège aura été déplacé de la Tour (rue) de Londres (chère au “guetteur de service” !) au 60, rue de la Victoire dans le 9ème arrondissement où, conséquence de la mini-crise de 1954, une secrétaire administrative, en l’occurrence Mme Renoncourt, avait été embauchée.

La revue Tennis de Table avait, elle, fêté ses dix ans, passant de la gestion privée de l’imprimerie Bardin à Tours (qui aura pérennisé 50 numéros sans cesse améliorés, allant jusqu'à tirer à 10.000 exemplaires !) à un retour officiel au... secrétariat fédéral comme au bon vieux temps de Marcel Torck. Mis à part l’intérim Corbillon-Prulière, Jean Bélot sera donc ici encore le candidat désigné d’office mais saura user de sa... plume dans des éditoriaux clairs et tranchants qui ne laissaient personne... indifférent. Cela n’avait pas empêché Marcel Corbillon de prendre en mains la publication de l’édition "française" du bulletin de l’ITTF, la Maison Klestone (concurrente de la Maison S.P.O.R.T. !) de sortir "son" magazine (auquel Jean Bélot collaborera !) et Alex Agopoff, le dirigeant-entraîneur-joueur, de rédiger un “Ping-Pong, mes amours” qui servira de référence, vite épuisé...

La décennie, troublée par les remaniements ministériels, les grèves, les pénuries (d’essence au cours de la saison 56-57 !) et l’inflation, sera aussi pour les pongistes celle du “gris polo” obligatoire (comme l’uniformité pouvait être... ennuyeuse), de la réforme du service (main ouverte s.v.p. !), de la limitation du temps des sets (à 20 puis 10 minutes) et surtout de la standardisation de la raquette. Mousse ou pas mousse ? Shakespearien ! Les Japonais étaient passés par là, engendrant, à leur corps défendant, débats, contradictions, querelles et... dérobades.

Mais tout ceci n’entravait pas la progression du tennis de table (qu’on ne voulait surtout plus appeler ping-pong !) en France : les 1.000 clubs avaient été atteints en 1949, les 1.500 dépassés en 1957. Côté joueurs, le cap des 20.000 avait été allègrement franchi en 1952 mais l’objectif déclaré “25 ans de fédé, 25.000 licenciés” restera un voeu pieux.

Le corollaire était évidemment... sportif et son éventail de compétitions varié. Sur le plan national, de réforme en réforme, le championnat par équipes avait trouvé sa vitesse de croisière, consacrant alternativement le Racing Club de France, la Cavigal de Nice et l’ACBB (mais à quand un championnat chez ces dames ?), la Coupe de France, à la formule restrictive et décriée, n’avait plus son lustre d'antan mais circulait de la capitale à la province (de Fougères à Caen en passant par Marmande) avec, ici, l’instauration d’une épreuve féminine dès 1950 (Marseille et Nice troublant seuls la suprématie parisienne) et d’une autre réservée aux corporatifs. Quant aux Coupes Interligues, seules des contraintes financières leur réfutaient un succès de participation à hauteur de leur popularité : si la supériorité de l’Île-de-France aura été écrasante en Coupe Delay (féminines) tout au long de la décennie après le pied-de-nez initial de l’Anjou-Orléanais, en Coupe Palmiéri (messieurs), successivement et s’intercalant entre les victoires “parisiennes”, la “grande” Normandie, la Champagne et la Provence sauront méritoirement rejoindre les Flandres au palmarès.

Nonobstant beaucoup d’initiatives privées (et contrôlées), dont la plus marquante, n’eût-elle duré que l'espace de deux printemps, aura été le Tournoi populaire de Samedi-soir, c’est néanmoins les championnats de France individuels qui auront, chaque saison, constitué l’événement majeur. Succédant à Charles Dubouillé, à nouveau vainqueur en 1947 à Bordeaux (profitant peut-être du forfait en quart du “grand favori” Michel Haguenauer qui s’était foulé le poignet en... boxant un spectateur impénitent !), Guy Amouretti aura ajouté cinq couronnes à celle de 1944, René Roothooft avait inauguré une série de trois le jour de la naissance de sa fille Chantal et, quand même, notre vieux lion, alias Michel Haguenauer, avait triomphé à Lille en 1949, à Lorient en 1950, établissant un record à "huit clos" que l’on affirmait... imbattable (mais oui Jacques et Philou !). Sur le plan féminin, l’on avait assisté au sensationnel doublé de Jeanne Delay après une absence des tables de dix ans avant qu'Huguette Béolet n’annonce le règne de la jeune Christiane Watel, auteur d’une impressionnante série de six victoires consécutives que, seuls, interrompront le mariage et la “Strasbourgeoise” Claude Rougagnou, lauréate à Paris en 1957.

Nos champions s’étaient aussi distingués dans les “Internationaux” de France qui, uniformément organisés à Paris (salle Wagram puis au stade Pierre de Coubertin réaménagé) jusqu’en 1956, pour la première fois en province, à Rouen, en février 1957, constituaient alors la véritable préparation de l'année aux... championnats du Monde. La palme, ici, est à décerner au successeur des Bergmann, Leach et autres Harangozo, à savoir le “roi René” (Roothooft), deux fois sacré en 1954 et 1955, nonobstant les brillants lauriers conquis par les Vannoni (Logelin), Delay, Béolet, dorées en double dames, les Haguenauer (trois fois dont deux avec le prestigieux Barna !), Lanskoy/Roothooft, Cafiéro/Sala, vainqueurs du double messieurs, si Christiane Watel devra se contenter d’être la dauphine des intouchables Rozeanu et Haydon...

En ce temps-là, monsieur, et tout au moins jusqu'à l’apparition des Japonais, amorcée à Bombay en 1952 par la... “bombe” Satoh, alternativement contrôlée de 1954 à 1957 par les Ogimura et Tanaka, nos Tricolores - sans compter les succès plus que d’estime dans les divers championnats “open” - auront su bien figurer dans les championnats du Monde, de 1948 à Wembley à... Utrecht en 1955. A défaut d’or (qui n’était pas utopique), mettons en exergue les médailles acquises trois fois en Coupe Swaythling (argent en 1948, bronze en 1950 à Budapest puis en 1953 à Bucarest où la France avait participé in extremis grâce à la générosité du gouvernement... roumain !), une fois, mais oui, en Coupe Corbillon (bronze en 1949 à Stockholm), une d’argent pour Michel Haguenauer en double (associé à Victor Barna, en 1954) et quatre de bronze en simple messieurs (Guy Amouretti en 1948, le même plus René Roothooft en 1952 à Bombay, Stephen Cafiero - sa raquette mousse aidant - en 1955).

Mais Utrecht aura été le chant du cygne...

En dépit de percées prometteuses, parfois stoppées net (Simone Girard) ou restant à confirmer (Barouh, Sala, Chergui, Hélaine, etc...), la France pongiste n’avait pu ou su suivre (donc précéder) l'évolution, pour ne pas dire la révolution, physique, technique, psychique voire scientifique, appliquée par l’Asie, la Chine apparaissant d’ailleurs au palmarès dès 1956 à Tokyo où, fait symptomatique, notre pays aura brillé par son absence, subvention ministérielle... refusée obligeant !

Les dirigeants français, pourtant bien placés au sein des instances internationales (Marcel Corbillon aura été premier vice-président de l’ITTF jusqu'à son retrait en 1957, à 67 ans, Jean Prulière puis Jean Bélot avaient assuré la présence de la France dans le “council”, souvent élus en première position, les mêmes occupant des postes-clés dans les comités à l’instar des Ceccaldi et Domingo !) en étaient parfaitement conscients. A en fourmiller d’idées (stages, promotion des jeunes, des féminines, etc...), à en instaurer, en deux temps, un conseil consultatif, qui tiendra ses assises pour la première fois lors des Interligues de Laval en 1957, mais le... nerf de la guerre faisait cruellement défaut depuis les "Mondiaux" parisiens de 1947. Le tennis de table français en était contraint à vivre en autarcie...

Par ailleurs et plus ou moins ouvertement, les dirigeants en place mais aussi les champions (reconnus mais vieillissants) faisaient désormais figure de... sénateurs, laissant des vocations inassouvies, suscitant des ambitions nouvelles, parfois découragées, souvent mal contenues.

Le Congrès du Trentenaire, organisé avec faste le 6 mais 1957 à l’Hôtel Lutetia, aura donc constitué tout à la fois une apothéose méritée de la période de croissance, dixit Marcel Corbillon, en présence à nouveau du “ministre” François Mitterrand mais aussi des membres fondateurs (Comte Palmiéri, Alain Bernard), et... l’amorce d’une quatrième décennie qui s’annonçait pleine d’espérances mais aussi d'embûches, un nouveau train était à prendre en... marche.

En cette même année 1957 qui avait vu l’ITTF décider que, désormais, les championnats du Monde ne se dérouleraient plus que tous les deux ans (l’Allemagne fédérale ayant pris rang pour 1959), qui avait vu se dérouler de révélateurs bien qu’officieux championnats juniors européens, Jean Bélot allait saisir la balle au rebond, à Rouen puis à Stockholm, en préconisant et concrétisant la création d’une Union européenne (avec championnats continentaux alternés) dont il sera le président-fondateur.

En cette même année 1957, à Lille, un bout’ d’chou de huit ans disputait sa première compétition officielle. Son nom : Jacques Secrétin !

Au creux de la vague : décennie 1957-1967

La décennie 1957-1967 donne l’image d’une période de transition. Elle aboutira dans sa dernière phase à une prise de conscience du retard accumulé sur la Chine et les pays de l'Europe de l’Est et à une réflexion pour tenter de combler ce handicap. Sur le plan sportif, on assiste à l’émergence de Martine Le Bras et à celle de Jacques Secrétin. Deux pongistes qui auront marqué l’histoire du tennis de table français. Le dimanche 24 mai 1959 et le Palais du Conservatoire de Lyon resteront à jamais une date et un lieu mémorables dans l’histoire du tennis de table français car, sans conteste, jamais élections fédérales n’auront provoqué un tel... raz-de-marée !

L’on se souvient qu’en mai 1957, à l’hôtel Lutétia de Paris, le président Prulière avait été triomphalement reconduit dans sa fonction, à en promulguer une “charte du Trentenaire” qui promettait des lendemains qui chantent. L’assemblée générale de 1958 à Saint-Etienne, qui avait déploré la disparition de Marcel Corbillon “la plus forte personnalité du tennis de table français”, avait, elle aussi, conforté l’autre moitié du comité directeur. Si ce n’est que, très pris par ses responsabilités européennes et... flandriennes, Jean Bélot s’était tout simplement retiré, à l’instar d’Alex Agopoff, promu à un proche et bel avenir d’entraîneur national. Cela avait facilité le retour de Jean Leménager mais les Champdorge, Crisafulli et autres Coubard étaient, frustrés, restés sur la touche : le jeune secrétaire (adjoint) de la ligue de Normandie et le remuant président de l’Île-de-France étaient de ceux, comme Jean Bélot, qui “voulaient que ça change” et le proclamaient, dignement mais fermement, dans des “Informations pongistes” qui venaient infirmer bien des propos “sur la défensive” de la revue officielle “Tennis de table” reprise, bon gré malgré, par Paul-Jules Bardin. Nonobstant certains écrits pamphlétaires et... anonymes qui circulaient sous le boisseau...

C’est dans ce climat un peu malsain qu’en ce début d’année 1959, Nancy s’apprêtait à accueillir les “Nationaux” et, corollairement, l’assemblée générale élective. Mais pour une discutable histoire de frais de transport (des tables), la ligue de Lorraine allait se désister sans appel, ce qui devait ajouter à la morosité ambiante.

Le sauveur sera Georges Duclos qui, bien que déjà au four et au moulin l’année précédente à Saint-Etienne, prendra l’organisation in extremis. Une réussite. Cet exploit vaudra à l’éclectique président du Lyonnais la reconnaissance de l’électorat, à en obtenir le meilleur score, seul, avec le Pyrénéen Trinqué, à être réélu parmi tous les sortants. Quant au président Prulière, après 15 ans de règne sans partage, il allait entraîner dans sa chute les Bardin, Jubert, Lecourt et autres Thoret-le-Duc qui n’en pouvaient mais...

Jean Bélot et Jacques Crisafulli s’étaient contentés d’observer, celui-ci désigné comme secrétaire permanent du conseil consultatif, celui-là amoindri suite à un accident d’hélicoptère survenu à son retour de Budapest. Ce qui avait facilité la venue, entre autres, des Champdorge, Magnien, Meyer, Katz et Khanzadian. Du sang neuf... mais il restait à la nouvelle équipe, amalgame réalisé avec les élus de 1958 demeurés en place, à se mettre au... travail. Pas si simple.

Ce sera d’ailleurs le chant du cygne pour la revue “Tennis de table” ou plus exactement pour son appellation, avec la sortie en juin 1959 du numéro 136 qui aura fait couler beaucoup d’encre et de salive. A en déclencher la répartie immédiate et caustique de l’ex-rédacteur en chef qui, en trois numéros (connus) de la “Raquette XYZ” rendra la monnaie de la pièce aux “informations pongistes.”

Crise ouverte ? Heureusement non car le tennis de table français venait de s’offrir un nouveau grand président en la personne de Pierre Ceccaldi, à l’expérience affirmée pour être du conseil fédéral depuis 1942, par ailleurs directeur général au Ministère de la justice. Un “Monsieur” !

Pierre Ceccaldi sera ainsi, à son corps défendant le premier rédacteur en chef de France Tennis de Table à partir d’un n°137 qui devait hélas titrer “qu’un grand voile noir s’était étendu sur le monde pongiste” : Jean Bélot avait été terrassé, à 46 ans, sur la plage de Cayeux-sur-Mer.

Le vice-président Georges Duclos prendra le relais... provisoirement.

Il allait s’ensuivre un long cycle d’homogénéité et de stabilité, tant il était prouvé qu’avec le chambardement amorcé par l’Asie, le vieillissement de nos champions et de nos structures, seul un travail d’équipe pouvait dégager le tennis de table français d’un “creux de la vague” allant s’accentuant. Dès lors de Compiègne 1960 à Albi 1966, c’est souvent le jeu des rares démissions ou retraits qui, nonobstant le “retour” des Lecourt et Thoret-le-Duc, rajeunira le comité fédéral, avec les Coubard, Crisafulli, Ridard, le signataire (en 1964), Brantschen et autres Tamisier.

Cette période d’union (qui fait la force) devait malheureusement être encore endeuillée par la disparition en juillet 1963 de Jean Prulière puis celle, en avril 1965, à la table de son cher Racing-Club de France, de Robert Katz qui avait succédé à Jean Funfschilling au poste de trésorier.

Mais la vie (fédérale) continuait hors désormais de la rue de la Victoire car nos élus siégeaient, depuis 1961, rue Pasquier à proximité de Saint Lazare. A l’instigation du président Ceccaldi, au slogan évocateur de “Masse, Elite, Jeunes”, ils allaient s’évertuer d’innover, de réformer, d’anticiper...

Dans le cadre de l’INS, Alex Agopoff saura intensifier la formation des “moniteurs fédéraux” et le Messin Charles Roesch sera un des premiers à répondre à l’appel. En dépit des difficultés d’aménagement du temps scolaire (problème bien français), un Jean Brantschen, un Bernard Sellier, avaient lancé dans toute la France un vaste mouvement en faveur de la promotion et de l’éducation des jeunes, débouchant rapidement sur des compétitions spécifiques, officielles ou de propagande : Interligues, Criteriums par catégories d’âge, Coupe nationale cadets et enfin, expérimenté dans les Flandres et par la FSF, Critérium des -15 ans dont la première édition consacrera une gamine annécienne de... 11 ans et demi Claude Bergeret !

Aux stages de moniteurs (bientôt d’éducateurs sportifs), s’ajouteront de Vaucresson à Chatel-Guyon, en passant par Reims, Dinard ou Wattignies, de nombreux rassemblements de jeunes et même des colonies de vacances pongistes.

La revue France Tennis de Table se mettra au diapason, suscitant de nouvelles plumes, dont celle du "pharmacien" Marcel Lecaudé qui, alors que les effectifs “plafonnaient” à 25.000, s’aventurait à proclamer “qu’un jour nous aurons 100.000 licenciés.” Un certain Jack Proust se faisait l’apôtre de la formation arbitrale, Henri Ridard et le signataire avaient pris le témoin d’un énigmatique mais apprécié "Stelli" pour ce qui était des commentaires sportifs.

La création de l’OFAJ avait lancé les échanges franco-allemands, des tournées de propagande constitueront à intervalles réguliers autant de nouvelles “croisades du ping-pong” : japonaise (à l’heure d’Ogimura), suédoise (Alser-Johansson), chinoise (Chuang Tse-Tsug et Li Fu-Jung sur le retour triomphal de Ljubljana 1965 !), soviétique (en 1967), persuadant la France pongiste qu’un nouveau sport “Tennis de Table” était né, que tout était à refaire. Nos équipes nationales étaient “dépassées” par l’évolution, incapables de rivaliser non seulement avec la déferlante asiatique (raflant la quasi-totalité des titres mondiaux de Dortmund 1959 à Stockholm 1967 !) mais également avec les pays de l’Europe de l’Est, aux méthodes étatiques, et d’autres occidentaux comme la Suède ou l’Allemagne qui avaient su s’adapter.

C’est ainsi qu’en cette maigre décennie, la seule Monique Alber saura redorer le blason bien terni de notre tennis de table, “une” année classée 12e européenne, par ailleurs médaillée de bronze en mixte aux championnats d’Europe (tronqués) de Berlin 1962 avec la complicité du... Yougoslave Markovic. Et si un Jacques Secrétin portait désormais les espoirs de toute une nation, sa participation aux différentes compétitions européennes le voyait placé, sans plus...

L’Almanach (en voie d’achèvement) relatera plus dans le détail (sportif) ce qu’aura été cette décennie 1957-1966, en appelant donc à un peu de... patience de la part de nos lecteurs. Contentons-nous d'écrire que les traditionnelles confrontations “nationales” avaient trouvé leur vitesse de croisière, voire avec une notoriété grandissante, comme les Interligues (qui n’étaient plus forcément l’apanage de l'Île-de-France), le championnat par équipes (enfin devenu féminin), la Coupe de France (remodelée mais toujours populaire) et, seule innovation, trois ans durant, les Grands prix de Paris, patronnés par les tables Unic et révélant, entre autres, le jeune Christian Roesch.

Le pli étant pris, les “Internationaux” de France continuaient d’être organisés en province, de Tours 1958 à Lyon 1963 en passant par Lille 1961 et Nancy 1962, réintégrant la capitale en 1966. Sans oublier l’exceptionnelle semaine (inter)nationale des Jeunes 1962 à Blois.

Mais en cette année de grâce 1967, celle du Quarantenaire (commémoré lors des “Nationaux” de Marseille et plus encore, avec éclat, le 6 mai à Compiègne !), l’heure était surtout au... bilan de la décennie. Une décennie qui avait vu le tennis de table évoluer non seulement sur le plan technico-sportif comme déjà annoncé, mais aussi dans les méthodes et dans les moeurs. Nous en étions à l’époque de la raquette-sandwich (sévèrement réglementée), du top-spin (ravageur), de la règle d'accélération, d’une tenue vestimentaire moins... uniforme même si la publicité en était bannie.

La France pongiste qui avait atteint les 2.200 clubs et approchait les 35.000 licenciés, suivant en cela les directives ministérielles, avait dû en 1965 remodeler son paysage régional dans les limites académiques, instaurer en 1966-67 des comités départementaux et enfin modifier ses règles électives (comité directeur renouvelé par tiers tous les ans), indépendamment des nouvelles “obligations” qu'étaient l’assurance, le contrôle médical, l’harmonisation des catégories d’âges, les 400 lux (mais oui, ami Jack !), etc...

Entre autres espoirs... confirmés (nous y reviendrons), Jacques Secrétin et Martine Le Bras étaient parvenus à éclipser les anciens, voire les moins... jeunes, annonçant une ère nouvelle...

La fédération avait fait appel à un directeur administratif : Jean Brantschen. Auparavant, Louis Braslet avait été coopté pour succéder à Robert Katz, le Dr Deplan (de Grenoble) avait été nommé médecin fédéral et Robert Parmentier s’était imposé comme sélectionneur national.

Sur le plan international, Ivor Montagu, après 41 ans de présidence (record absolu !), avait cédé la place à son secrétaire général, le Gallois Roy Evans. Quant à “notre” secrétaire général, Jean Mercier, après l’ETTU, il avait été élu en 1961 à l’ITTF.

Profitant de la visite de l’entraîneur chinois Tchou Jen Long (le génie, c’est par le travail qu’on l’acquiert !), un premier colloque technique s’était tenu à l’INS en septembre 1966.

Enfin et surtout, le président Ceccaldi avait laissé la place à Georges Duclos, d’abord en 1966, contraint et forcé par les décrets Herzog (également appliqués aux ligues), puis volontairement en 1967. Une nouvelle décennie s’ouvrait sous le signe du Renouveau.

Mais désormais, c’est de l’histoire... contemporaine qu’aura à traiter le signataire, exercice délicat s’il en fut. A suivre néanmoins...

1967... année charnière : 40 ans pour la FFTT

L’année du Quarantenaire peut être considérée comme celle de l’entrée du tennis de table français dans l’ère moderne. Jacques Secrétin fait ses gammes. Il s’apprête à prendre - et pour un bon bout de temps - la relève des Haguenauer et Amouretti. L’affirmation de la France à l’échelon international sera liée à la progression de “Maître Jacques”. Le ton est donné...comme il sied en France, où toute commémoration s’achève par un banquet, la "saison" du Quarantenaire de la Fédération n’a pas failli à la règle...

En ce samedi 6 mai 1967, c’est à Compiègne, ville royale, qu’ont été dévolus la responsabilité et l'honneur d’accueillir quelque 100 convives avec, à leur tête, Georges Duclos qui célébre là une décennie de présence au sein du comité directeur fédéral.

Ce n’était pas un coup d’essai de la “ligue” de l’Oise, déjà sur le pont sept ans plus tôt à l’occasion des championnats de France individuels, ce sera en tout cas un coup de maître de son président Jean Leménager qui, restaurateur de son état, ne pouvait à vrai dire que réussir dans son entreprise.

Mais à la veille d’une Assemblée générale élective qui, elle, se tiendra à l’INS de Paris, la célébration officielle du Quarantenaire avait aussi valeur de symbole. Celui du renouveau... annoncé après un lancinant “creux de la vague” qu’a effleuré le précédent papier. Même si le tennis de table n’était pas une exception à la règle ambiante du sport français de l’époque, il n’est qu’à se souvenir du fameux croquis de Faizant paru après le “désastre” olympique de Rome en 1960 !

Alors, 1967... année charnière pour le ping français ?

Année de “leçons” quoi qu’il en soit, données tant par les “nationaux” de Marseille (18 et 19 mars) que par les “mondiaux” de Stockholm (11 au 21 avril), objet, voire sujet, de toutes les analyses, de toutes les considérations... futuristes.

Cette année-là, pour se qualifier, il fallait d’abord passer par les groupes interrégionaux (suite logique des Coupes Katz) et la conséquence sera que 64 joueurs et 32 joueuses seulement pourront rallier Marseille pour les championnats du Quarantenaire.

L’Histoire retiendra qu’en raison des élections... législatives, ceux-ci avaient été reportés d’un week-end et qu’ils remémoraient un souvenir de 28 ans en arrière avec, dans le cadre du Palais des Congrès, le sacre-surprise de Maurice Bordrez, l’attaquant-mitrailleuse, et de Ginette Soulage (succédant, celle-ci à Jeanne Delay, celui-là à Michel Haguenauer, absent pour raisons militaires). Cette fois, le théâtre d'opérations sera la nouvelle et centrale “salle Etienne Vallier”, du nom d’un grand dirigeant sportif, fondateur du CA Marseille (l’ancêtre de l’OM !), alors lieu incontournable de toutes les grandes manifestations phocéennes.

En la circonstance, grâce à des personnalités de la trempe des regrettés Jean Vaillant (y associant toute sa famille !) et Gilbert Marcantetti, les Méridionaux sauront faire mentir éloquemment certaine réputation... Quant au licencié de base, il disposait, pour quatre francs, d’une carte permanente qui lui permettait de voir à l’œuvre les héros de la “nouvelle vague” : Jacques Secrétin, alors âgé de 18 ans, et la non moins jeune Martine Le Bras, tous deux sacrés champions de France l’année précédente à Nancy. Ils confirmeront en cette année du Quarantenaire, doublant même la mise avec la complicité respective de Danny Dhondt (autre Nordiste) et de la spécialiste Alima Mokhtari, laissant à la Bisontine Monique Alber et au Roubaisien Francis Dubus, qui ne s’entraînaient jamais ensemble, la consolation du Mixte, bail d’ailleurs... renouvelé.

“Maître Jacques”, comme on l’appelait déjà, s’il n’était pas encore au sommet de son art, disputait à Marseille sa troisième finale consécutive contre Vincent Purkart. A Tours, en 1965, “Monsieur Vincent” était parvenu à reconduire un premier titre acquis à Evreux, mettant à profit tout à la fois sa science (voire ruse) du jeu et la... fatigue de son talentueux et jeune adversaire qui, en deux jours, avait disputé la bagatelle de 61 sets. Il était par ailleurs champion en Juniors (sur l’inévitable Christian Roesch) et finaliste en double (avec son... père). La leçon avait été retenue à Nancy, en trois sets secs, mais le deuxième sacre “marseillais” sera plus difficultueux puisque mené 2 sets à 1. Toutefois, c’était là l’amorce d’une inimitable série de dix-sept perles à la couronne...

Martine, elle, avait définitivement pris l’ascendant sur les “anciennes” et la plus prestigieuse d’entre elles : Christiane Mathieu (Watel) qui avait décroché son huitième et ultime titre en 1965 (son record tient toujours !). Le danger venait dès lors de l’Est, représenté en l’occurrence par Michèle Boiteux qui, ayant raté le coche sur la Canebière, saura prendre sa revanche à... Compiègne. Où, entre réunion du Conseil consultatif et le susvisé banquet du Quarantenaire, s’étaient déroulées les 29e Interligues, placées sous le signe du... renouvellement.

Vainqueur du challenge Palmiéri, le quatuor des Flandres, emmené par son champion de... France, n'affichait pas 20 ans de moyenne d’âge. Quel bouleversement ! Le Challenge Delay avait à nouveau, mais de justesse, conforté l’Île-de-France... acébébiste, mais symptomatique était la double accession en finale d’une prometteuse phalange lorraine (celle de Charles Roesch), confirmant en la circonstance les nombreux “challenges” Bélot et Ceccaldi remportés lors des “semaines des jeunes”, Evreux (28 au 31 mars) étant le dernier maillon de la chaîne... victorieuse.

Ainsi, en cette année de grâce 1967, le tennis de table français avait-il tourné une page. Le “vieux lion” Michel Haguenauer, sacré champion de France dès 1933, encore capé “sur sa valeur” à... 45 ans, entrait dans la légende au terme d’une exceptionnelle carrière que la seconde guerre mondiale aura malheureusement perturbée, à l’en priver sans doute (tout comme Alex Ehrlich) d’un titre mondial. Mais on ne récrit pas l’histoire...

Autre figure emblématique de notre sport, Guy Amouretti, de huit ans son cadet, n’avait pas totalement abdiqué près d’un quart de siècle après son couronnement parisien de 1944. Occasion de rappeler qu'après avoir été champion de France pour la sixième fois en 1957, il aura encore figuré à huit reprises sur le podium durant la décennie suivante, à nouveau vainqueur à Lyon en 1959, (son septième et dernier titre) et finaliste en 1961. Mais l’avenir n’appartenait déjà plus à sa génération pas plus qu’à celle des semi-anciens d’alors qui, de Marcel Barouh (par quatre fois) à Gérard Chergui (sacré en 1963), nonobstant les Hélaine, Gambier, Westeel et autres Cordier, avaient opéré une méritoire transition avant le... show Purkart-Secrétin. Sans néanmoins aucune comparaison avec la révolution mondiale qui s’était opérée...

Et précisément, les championnats du Monde disputés à Stockholm confirmeront cela ! Certes, tout comme en 1966 pour les championnats d’Europe de Londres, Jacques Secrétin n’avait pas obtenu l’autorisation (scolaire ou médicale) de sortie et présent, il eût sûrement doté notre pays d’une plus reluisante place que la 15e derrrière certaine équipe du Cambodge (venue s’entraîner en... France) qui nous avait infligé un déroutant... 5/0 ! Et nos féminines, au complet, ne se classeront pas mieux...

Force est donc d’analyser ces “Mondiaux 1967” d’un autre oeil. S’il était encore (est toujours) des nostalgiques à regretter les “artistes” du type Barna ou Bergmann, au jeu spectaculaire et millimétré, qui savaient laisser place à l’improvisation, voire à la fantaisie, depuis l’arrivée des Asiatiques sur la scène internationale, l’évidence était au sport athlétique et scientifique, fruit d’un entraînement méthodique, voire automatisé.

L’inédit Yung Kuo-Tuan, champion du Monde à Dortmund en 1959 avait propulsé la déferlante chinoise, préludant à ces finales de rêve qu’auront offertes le talentueux Chuang Tsé-Tung et le génial Li Fujung, celui-ci s’inclinant, trois fois consécutivement, face à celui-là, et que ce fut sur ordre ou pas n’enlevait rien à l’emprise implacable de l’Empire du Milieu sur la petite balle en celluloïd ! L’historien relèvera aussi qu’au sein de cette armada chinoise, figurait un certain Hsu (Xu) Yinsheng, par ailleurs champion du Monde par équipes et en double, aujourd’hui président de l’ITTF.

Mais en 1967, la Révolution culturelle décidée par Pékin avait modifié toutes les donnes : il n’y aurait donc pas de Chinois à Stockholm ! Les Européens, aux délégations très rajeunies, dont bon nombre s'évertuaient à ”combler le fossé”, allaient-ils profiter de la situation ? Sur tables, le verdict sera cinglant : bien qu’entièrement remodelé, le Japon, libéré de la pression exercée par son encombrant voisin, s'appropriera six titres sur sept, remportant les Coupes Swaythling (5/3 sur la Corée du Nord !) et Corbillon (3/0 sur l’URSS), s’assurant une exclusivité... nationale dans 4 des 5 finales individuelles pour ne laisser que le double messieurs aux... autochtones Alser et Johansson (les champions d’Europe des trois dernières éditions !), lesquels avaient eu le grand mérite de se débarrasser des Hasegawa (le nouveau maître du monde à... 20 ans) et Kono (son finaliste). Ceci étant, un Schöler, une Rudnova, avaient prouvé qu’il ne fallait pas désespérer du Vieux continent...

Côté institutionnel, Stockholm aura aussi marqué l’Histoire. Après 41 ans de présidence à l’ITTF (record absolu, tous sports confondus), Ivor Montagu avait laissé la place à son secrétaire général, le Gallois Roy Evans, en lutte serrée avec le Suédois Eldh. Une rude tâche attendait le nouveau président à la tête d’une fédération qui dépassait les 100 nations affiliées mais qui, paradoxalement, hésitait à rejoindre le giron olympique, ce que préconisaient la France (pouvait-il en être autrement au pays de Pierre de Coubertin ?) et le Suisse Hugo Urchetti (voisin du... CIO). En face de ce gigantisme naissant l’heure aurait dû être aux réformes. On sait hélas aujourd’hui qu’il n’en a rien été et certain vote de l’Assemblée générale de Manchester ne peut qu’attiser les regrets...

Quant à l’Union européenne, également réunie sous la présidence de l’Allemand Jupp Schlaf, elle avait décidé, entre autres, de lancer un championnat de “Ligue” dans une formule qu’avait connue la France... avant-guerre (4 simples messieurs, 1 simple dames, 1 double messieurs et 1 mixte) et de confier à notre fédération le soin d’organiser les championnats d’Europe 1968.

Ce sera à Lyon mais dans cette attente, quarante ans après sa fondation, la FFTT pouvait se targuer d'avoir dépassé les 2.200 clubs, d’approcher les 35.000 licenciés. Toutefois, faute de décrocher d’un nombre suffisant d’abonnements individuels et des ressources publicitaires dignes de ce nom, France tennis de table avait dû réduire son édition saisonnière à huit numéro de seize pages seulement, "l'activité régionale" payant la note si le taux de souscription restait maintenu à dix francs-an !

Il n’en sera pas moins publié un compte-rendu d’un certain René Gatien venu, sans tambour ni... trompette, réussir son examen de moniteur fédéral à l’INS. Il en relatera aussi l’essor du Critérium des -15 ans dont la finale disputée au Stade de Coubertin en prélude d’une rencontre France-URSS avait enregistré la “participation” d’un Patrick Birocheau et d’un Michel Gadal. Sans éclipser les 14e et 13e places (sur 19 et 18 nations !) obtenues par nos juniors, garçons et filles, aux championnats d’Europe de Vejle au Danemark. Un nom pourtant à retenir, synonyme d’espérance...

Mais sans prémonition, le Comité directeur remanié et plus encore le président Georges Duclos avaient décidé de faire rimer l’année charnière avec un Cinquantenaire de... résurrection.

 


Sous le signe du renouveau : décennie 1968-1977

1968, année importante de la vie des Français et de l’évolution des mentalités, aura été aussi le point de départ du tennis de table moderne. Cette mise sur orbite de la France pongiste fut l’oeuvre d’un dirigeant : Georges Duclos, digne successeur de Pierre Ceccaldi ; d’un technicien : Charles Roesch et d’un champion : Jacques Secrétin. Le tennis de table français s'affirme à l’échelon international.

Avec la décennie 1968-1977, nous entrons dé-libérément dans l’histoire contemporaine dans laquelle moult lecteurs de France Tennis de Table se reconnaîtront et s’il fallait objectivement la décrire, ce serait assurément sous le signe du Renouveau après la période de vaches maigres que le ping français avait vécue, relatée dans les précédentes rétrospectives.

Ce renouveau, nous le devons indéniablement à une trinité de fortes personnalités qui, chacune en son domaine mais non moins complémentairement, auront fait fructifier l’héritage légué par leurs prédécesseurs, des pionniers innovateurs dans toute l’acception du terme et sans lesquels notre discipline aurait irrémédiablement végété. Occasion de rendre un ultime hommage à ce grand président catalyseur qu’aura été Pierre Ceccaldi, hélas trop tôt disparu (il est décédé d’un cancer en juillet 1969), qui, fi de certaines critiques, avait compris qu’il fallait reconstruire “à long terme”, donc de doter la Maison fédérale de solides fondations. Pour, le moment venu, la confier à un “dauphin” passionné, pragmatique, armé d’une capacité de travail hors normes, se doublant par ailleurs d’un rédacteur en chef avisé qui maintiendra (sauvera ?) la revue fédérale contre vents et marées. Georges Duclos saura mériter une totale confiance de la part des électeurs et sera “le” président de la décennie, celui qui a conféré au tennis de table français toute sa modernité.

Pierre Ceccaldi avait su s’entourer de “techniciens” compétents et dévoués, du type Agopoff, Demulder, Parmentier, etc... qui s’étaient improvisés formateurs, entraîneurs, capitaines. Grâce à eux, le terrain sera prêt pour la mise en place d’un (premier) Directeur technique national : Charles Roesch sera ainsi officiellement intronisé par le Secrétariat d’Etat à la jeunesse et aux sports le 1er mai 1969 et restera à ce poste jusqu’en 1977.

Enfin, pièce irremplaçable du triptyque, Jacques Secrétin aura été le champion d’exception qui, alliant un talent né à une longévité inégalée, sera la “locomotive” que la France pongiste attendait depuis Michel Haguenauer. En abordant l’année 1968, à 19 ans, désormais parisien (de l’AS Messine au CS Kremlin-Bicêtre), Jacques pouvait déjà se targuer de deux titres de champion de France en simple, d’un titre en double, nonobstant deux places de finaliste dans ces mêmes catégories. Durant la décennie, il ajoutera 27 médailles (sur 30 possibles) à son palmarès, dont 22 en or (9 en simple messieurs, 5 en double messieurs, 8 en mixte), quatre en argent (1 en simple messieurs, 3 en double messieurs) et une en bronze (double messieurs)... liste non close, tant il s’en fallait !

Et, suprême consécration, “Maître Jacques” sera sacré champion d’Europe en 1976 à Prague (seule année de la décennie où il ne sera pas champion de... France, le titre revenant à Patrick Birocheau) et, le 5 avril 1977, à Birmingham, apportera la première médaille d’or mondiale à la France avec la complicité, non moins talentueuse, de Claude Bergeret. Quel joli cadeau pour le 50e anniversaire de notre fédération !

Sans doute, au summum de sa forme dans ces années-là, Jacques eut-il pu prétendre au titre absolu, sûrement a-t-il été trop longtemps esseulé pour concrétiser ce rêve. Il n’en a pas moins été le champion du Monde de la popularité, un des meilleurs, sinon le meilleur, dans cette complexe spécialité qu’est le double, y obtenant de nombreux couronnements et accessits avec des partenaires souvent différents qui, outre Claude Bergeret, avaient noms Jean-Denis Constant (avec lequel il sera médaillé de bronze aux “Mondiaux” 1973 et 1975), Danny Dhondt, Patrick Birocheau, etc...

Côté... renfort, précisément, il aura fallu laisser le temps au temps mais la “promotion” des jeunes, solidement entretenue, ne pouvait que porter ses fruits. Demi-finaliste “junior” aux championnats d'Europe des jeunes 1971 à Ostende (première médaille française depuis l’officialisation de l’épreuve !), Philippe Molodzoff annonçait le titre par équipes qu’avec les Martin, Birocheau, Constant et Decret, il allait remporter l’année suivante à Vejle, le double Bergeret/Thiriet et les “cadets” Balland-Hatem complétant en bronze. De quoi faire oublier des années de disette et laisser augurer d’autres coups d'éclat à l’échelon supérieur...

Les championnats d’Europe de 1976 à Prague apporteront la réponse : la France sera pour la première fois sur le podium “par équipes” (quatrième), Christian Martin, le défenseur, montera sur celui du simple messieurs à côté de Jacques Secrétin, Claude Bergeret doublant la mise, toujours pour le bronze, avec ce dernier (et cela, venant après plusieurs succès “internationaux”, préfigurait Birmingham 77 !) puis avec Brigitte Thiriet.

De nouveau, des Français figuraient dans les classements européen et mondial, Jacques Secrétin y occupant même respectivement les première et deuxième places. Y entraient les Bergeret, Thiriet, Birocheau, Martin...

Bref, la France était redevenue une grande nation pongiste. Tout en continuant d’encourager les tournées de propagande (Japon, URSS, Chine) et autres tournois de champions, elle confirmait ce statut retrouvé dans des organisations d’envergure, reprenant en 1971 le cours biannuel de ses "Internationaux" que Jacques Secrétin, imitant René Roothooft, remportera à deux reprises en 1974 et 1976, Paris (Coubertin) cédant le témoin à Rennes (une “première” pour Alphonse Delarose !) en 1977. Mais surtout notre pays avait su accueillir les 6e championnats d’Europe en 1968 au Palais de Gerland à Lyon pour achever la décennie sur les 20e championnats d’Europe des jeunes se déroulant au centre omnisports de Vichy du 24 au 31 juillet 1977. Sans grands moyens dans les deux cas mais avec un volontariat d’une efficacité digne d’éloges, celui-là sous la férule de Georges Duclos et de sa remarquable équipe de gônes, celui-ci grâce à une complicité non démentie de la Commission fédérale des jeunes (l’Etat dans l’Etat ?) et d’une ligue d’Auvergne relevant le gant avec un cœur gros comme ça ainsi qu’elle l’avait fait un an plus tôt avec les renaissants “Internationaux jeunes”.

Reconnue d’utilité publique le 26 octobre 1970 (13e fédération sportive à en être), la FFTT avait quitté la rue Pasquier pour le 84 avenue de Wagram (siège inauguré le 16 mai 1970 par le Colonel Marceau Crespin) avant de s’installer au 12 de la rue Vauvenargues en juin 1977. Elle saura aussi se (ré)investir dans les instances internationales, retrouvant “une” place dans l’Executive de l’ITTF grâce à Jean Mercier, promu dès 1972 trésorier général pour un... bail, faisant, à sa suite, élire son président Georges Duclos au “Management committee” de l’ETTU (réélu en 1974). Par ailleurs, Jacques Crisafulli puis le même Jean Mercier seront les premiers trésoriers du CNOSF, né de la fusion du Comité olympique français et du Comité national des sports. Et pour couronner le tout, l’obstination française finira par payer quant à la “reconnaissance” du tennis de table par le CIO en octobre 1977 et son "admission" aux jeux Méditerranéens. Peut-être pouvait-on regretter que le congrès de Birmingham ait dû parjurer la noble conception du “joueur” (sans distinction d’amateur et de professionnel) d’Ivor Montagu et de Marcel Corbillon pour parvenir à ses fins car l’avenir donnera raison à ceux-ci, une prémonition de 40 ans !

Autre prémonition, nationale cette fois, celle de Marcel Lécaudé “car nous aurons un jour 100.000 licenciés”. Plus réaliste, Georges Duclos avait placé la barre des 50.000 pour le... Cinquantenaire. Mais en juin 1977, la France pongiste affichait beaucoup mieux avec ses 3.220 clubs et ses 65.319 licenciés : la fiction commençait à dépasser la réalité et un certain Bernard Jeu, élu au Comité fédéral en 1976, était aussitôt chargé d’un “Tour de France de la prospective”. Salles à grande capacité, objectif 100.000, représentativité des comités départementaux, cela intriguait, voire dérangeait...

Comme dérangeait le “plan de dix ans” élaboré dès 1970 par Charles Roesch, voilà qui bousculait les habitudes, bonnes et mauvaises, de quatre décennies au nom du sacro-saint championnat par équipes mais sans qu’a priori celui-ci n’en souffrît. Il en est pour preuve les duels explosifs et indécis du type AS Messine-CS Kremlin-Bicêtre en messieurs, ACBB-Nancy en dames !

Le conseil consultatif osera aller dans le même sens, imposant une réforme des compétitions (suppression de la Coupe de France “à bout de souffle” puis des Interligues, instauration d’un championnat par équipes de 6, de tours qualificatifs aux “Individuels”, etc...), encourageant corrélativement l’essor des épreuves corporatives (apanage des “Municipaux” d’Amiens) et plus encore celles des jeunes dont la traditionnelle “semaine”, toujours très prisée et porteuse d’espérances, dont le Critérium des -15 ans qui avait révélé Claude Bergeret (aux 14 titres nationaux en 1977 dont 5 en simple) qui laissera vite place au Premier Pas Pongiste successivement rajeuni jusqu'à se limiter à l’âge de 11 ans, la journée nationale de 1977 à Lorient voyant la “participation” d’un gamin de neuf ans : Jean-Philippe Gatien !

On parlait désormais d’entraîneur nationaux (Terecik, Grandjean), de conseillers interrégionaux (5 en 1997), de CTR (ils étaient 4 en 1970, 15 en 1977), de brevets d’Educateurs sportifs (3 degrés), de sections sport-études, etc... Des stages de toutes finalités étaient organisés : stages-compétitions pour aguerrir les espoirs du “Club France”, stages d’accès aux responsabilités (les innovateurs stages “pilotes” insufflés par Jean-Pierre Dequirez), stages de formation de dirigeants, etc...

Le président Duclos officialisera le “Congrès”, rencontre annuelle où la convivialité s’allie à l’efficacité. Quelques jours après la disparition du Comte Fernand Palmiéri, deuxième président fédéral, Vichy inaugurera en 1970 une longue série (non interrompue) qui, immuablement fixée le week-end de la Pentecôte, déplacera les dirigeants (et conjoints) de Royan à Thonon-les-Bains en passant par Dôle, Perros-Guirec, Versailles, Bourg St-Maurice et Millau. Quant à la revue fédérale, qui déplorait le décès de son rédacteur-adjoint Paul-Jules Bardin (disparu en avril 1976, la veille du sacre européen de Jacques Secrétin !), malgré les difficultés de l’heure et le retrait (provisoire) du numéro d’inscription de la Commission paritaire, elle s’étoffait, innovait avec des nouvelles rubriques “à travers les mailles du filet” (décembre 1969), “sous 400 Lux” (mars 1973), toutes deux de Jack Proust, “arguments-opinions” (mars 1976) de Bernard Jeu, etc... alors qu’en septembre 1972, à l’initiative d’Yvon Carles, naissait un "Technique pour tous" qui ne sera pas toujours prophète en son pays.

Entre-temps, les Chinois étaient revenus sur la scène internationale (précisément à Nagoya en 1971) mais s’ils n’avaient rien perdu de leurs qualités, il n’était plus (encore) question de grand chelem, Japonais (d’Itoh à Kohno) mais aussi Suédois, Hongrois, Russes et Yougoslaves, entre autres Européens, leur damant le pion dans les épreuves masculines (sacre de Stellan Bengtsson en 1971, d'Istvan Jonyer en 1975 !), les Coréennes du Sud (par équipes en 1973), la “nordiste” Pak Yung-Sun (championne en 1975 et 1977), leur contestant... provisoirement une certaine hégémonie féminine. Seulement, grâce à l’Empire du Milieu, le “ping-pong” saura être diplomatique, l’invitation faite à l'équipe des Etats-Unis en 1971 dégelant la tension politique internationale, préludant à une tournée (non moins historique) d’une délégation française en décembre 1973. France Tennis de Table s'emparera de l’événement sous forme d’un numéro spécial...

Sur le plan européen, après la Coupe d’Europe (le CS Kremlin-Bicêtre sera finaliste de la Coupe des "Villes de Foire" en 1973, l’ACBB deux fois demi-finaliste côté féminin) et le championnat de Ligue européenne (après une période... d’ascenseur, la France se “maintiendra” dans l’élite), une compétition de prestige aura vu le jour : le Top 12. Jacques Secrétin prendra part à toutes les éditions de la décennie, se classant troisième à Sarajevo en 1977, rejoint par Claude Bergeret en 1976 et 77 (deux fois neuvième).

Tout allait donc bien au royaume (pongiste) de France ? A vrai dire, il ne fallait pas se fier aux apparences. Malgré les appels (répétés) à l’unité du président Duclos, déjà affaibli par la maladie (de Parkinson) en cette année du 50e anniversaire, des querelles d’hommes subsistaient à en voir, dès le congrès de Vichy, une délégation régionale quitter les  rangs de l’assemblée générale, à en opposer des “écoles” de techniciens, chacune disposant de “sa” vérité, que le départ annoncé de Charles Roesch (désignant Jean-Paul Weber comme son successeur) ne pouvait atténuer.

Déjà, une mini-révolution de palais s’était concrétisée en décembre 1976 lors des élections fédérales organisées en conformité avec la nouvelle Loi Mazeaud (qui avait abrogé l’ordonnance du 28 août 1945). Ce n’était certes pas un raz-de-marée tel que notre fédération l’avait connu en 1959 mais dix sortants du comité directeur... sortis (dont le secrétaire général et le trésorier !), c’était quand même un avertissement... sans frais.

Plus que quiconque, Georges Duclos nouveau chevalier de la Légion d’Honneur, voire son nouveau secrétaire général Jean-Paul Courtier (par ailleurs, président du comité de Paris), étaient conscients de l'imminence d’une crise mais pour l’heure, à l’amorce de la saison 1977/78, c’était le demi-siècle de la FFTT qui préoccupait (et réjouissait) les responsables fédéraux.

Les heures glorieuses du cinquantenaire

La Fédération est une structure dont le fonctionnement s’est amélioré au fil du temps. 1977, année du Cinquantenaire, fut l’occasion, s’appuyant sur les performances de Claude Bergeret et de Jacques Secrétin, de se lancer dans une opération de propagande tous azimuts. Les dirigeants sollicitèrent politiciens, représentants du show-business, hommes de presse pour faire mieux connaître dans l’Hexagone le tennis de table.

Tours, avec des championnats de France de qualité qui avaient confirmé l’évidente supériorité nationale de Claude Bergeret et de Jacques Secrétin, les héros de Birmingham, et Vichy, hôte des 20ème championnats d’Europe jeunes, avaient été les premiers points d’orgue de l’année du Cinquantenaire.

Mais, avec le recul, Villefranche-sur-Saône (semaine des jeunes), Châlon-sur-Saône (3ème Interligues juniors), Amiens (critériums juniors), Lorient (journée nationale du Premier Pas Pongiste) et Thonon-les-Bains (8ème congrès fédéral) apparaissaient comme autant d’étapes pleines d’intérêt sur le chemin glorieux de la “commémoration”.

On n’a pas tous les jours 50 ans !

Ce demi-siècle, l’équipe dirigeante de la FFTT et plus encore son président Georges Duclos s’étaient mis en tête de le célébrer dignement et leur détermination allait déboucher sur un quatrième trimestre de 1977 aussi dense que mémorable. Place à la propagande...

Elu (enfin) au comité directeur fédéral, Vincent Purkart avait été es-qualité, propulsé à la tête de la commission ad-hoc. Par ailleurs, Alex Agopoff avait repris du galon et le tout combiné avec l’expérience des Lollier, Lafargue et autres Ridard, le tout Paris pongiste pourra faire connaissance avec la Halle Georges Carpentier du boulevard Masséna où, sur 80 tables, quelque 2.000 concurrents de tout acabit, du non classé au “1ère série” (seuls les classés européens étaient exclus de l’épreuve) allaient en découdre à l’occasion d’un ambitieux tournoi populaire. Qui suscitera des vocations çà et là dans l'Hexagone (à Colmar sur 50 tables !) et nous le savons désormais, ne sera pas sans lendemain, côté francilien. Mais pour l’heure, les premiers lauréats avaient noms Patrick Renversé et Michèle Gourmelon, vainqueurs respectifs des Bruno Parietti et Nadine Daviaud.

Il est à noter que, délibérément, pour leur donner plus d’éclat les (seules) finales de ce tournoi populaire avaient été programmées dans le cadre de la première édition de ce que l’Histoire du tennis de table français retiendra sous l’appellation (contrôlée) de Tournoi des Gentlemen. Pour ce faire, la commission de propagande avait jeté son dévolu, de l’autre côté de Paris, sur le mythique stade couvert Pierre de Coubertin et fait appel à cet animateur incomparable qu’était Pierre Loctin de Radio-France. Laissons donc la plume de Bernard Lhomme apprécier que “la FFTT, déjà vieille dame par ses ans mais toujours coquette, fringante et novatrice, voulant dignement fêter son cinquantième anniversaire, avait décidé de convier tous ses soupirants, ceux d’aujourd’hui et ceux d’antan.”

La formule, inédite, était d’associer personnalités et champions. Ceux-ci étaient quarante, de Michel Haguenauer à Gérard Chergui, de Guy Amouretti à Marcel Barouh, d’Yveline Lecler à Jeannette Gernot, etc... celles-là 41, du député Gérard Haesebroeck à Pierre Fulla, de Roger Hanin à Guy Drut, d’Eddie Barclay à Alain Mosconi, etc... Un battu du premier tour allait être repêché et, reconnaissant, le comédien Michel Creton sera ainsi le premier à inscrire son nom au palmarès du tournoi, avec la complicité idéale de “Maître Jacques” alias Secrétin.

Lequel, avec son compère Vincent, inaugurera illico un “show” appelé à faire le tour du Monde. “Feu d'artifice des princes de la balle” titrera Bernard Lhomme.  “Tant il restera prouvé que le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.”

Pour être complet, l’on retiendra que le tableau de consolation réservé aux ”vedettes” a été remporté par un certain Lieutenant-Colonel Francis Thomas, directeur des écoles d’infanterie de Montpellier mais vice-président de la ligue du Languedoc-Roussillon dans le... civil. Que le tournoi dit des journalistes a vu la revanche du représentant de la “République du Centre” Michel Caillat sur le tenant Jean-Bernard Choby du “Courrier de la Saône”, laissant le soin au “vétéran” Paul Dupont de sauver l’honneur des 21 journalistes de “L’Équipe”.

Sans quitter le domaine de la “propagande” de notre discipline, l’on ne pouvait que se réjouir de la considération que lui portaient les hauts-dignitaires politiques d’alors. C’est ainsi que l’on avait pu voir M. Paul Dijoud, secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, s’intéresser de près à un stage fédéral "minimes" organisé à l’Insep (du 1er au 15 août). Par la suite, le tennis de table sera partie prenante au Salon du Caravaning du Bourget (du 6 au 16 octobre), honoré de la présence au stand fédéral du secrétaire d’Etat au tourisme, un certain Jacques Médecin. Il le sera encore au Salon de l’Enfance, tenu traditionnellement au CNIT de La Défense où le ministre de la culture, Michel d’Ornano, donnera la réplique aux champions en herbe de la petite balle. Nonobstant le fait que le 29 novembre, une délégation de la FFTT, s’était jointe à la cérémonie organisée par le CNOSF à l’Arc de Triomphe. Enfin, comment ne pas être flatté que M. Alain Poher ait, en personne, remis la plaquette de “l’Ordre de la courtoisie française” au Sénateur de Paris : Jean-Louis Vigier, président d’honneur de notre fédération ?

Quel enchaînement...

Mais le tennis de table “sport” n’avait pas perdu ses droits. Mieux, dans la dynamique de Birmingham, nos champions continuaient de se couvrir d’honneurs : victoire de Jacques Secrétin à la “Carlsham Cup” devant les meilleurs européens, deux nouvelles médailles d’or pour le champion de France aux Internationaux de Scandinavie associé d’une part à Patrick Birocheau (par ailleurs, demi-finaliste en simple), d’autre part à Claude Bergeret. Encore plus remarquable, parce que plus inattendu : Christian Martin s’adjugeait le titre de champion international de Hongrie, deux ans après Jacques, alors que tout le gratin du Vieux Continent se trouvait rassemblé à Miskolc. Quand on vous disait que quelque chose avait changé au Royaume pongiste de France !

Tout était réuni en tout cas pour que les “Internationaux de France” disputés à Rennes du 2 au 4 décembre, le “rendez-vous du Cinquantenaire” (dixit Serge Folet) fussent couronnés d’un grand succès. Succès d’organisation d’abord sous la baguette de cet exceptionnel chef d’orchestre qu’était Alphonse Delarose. Succès de prestige ensuite grâce à une nouvelle exposition concoctée par le spécialiste Jack Proust dans la foulée de Tours et Vichy. Succès sportif enfin de par la participation des joueurs et joueuses de l’Empire du Milieu que Siro “croquera” dans France Tennis de Table sous la présentation percutante de la... Muraille de Chine. Une “muraille” qui ne concédera qu’une seule brèche au profit du duo Secrétin-Birocheau, à nouveau médaillé d’or. Cocorico !

Le lendemain de ces “Internationaux”, à savoir le lundi 5 décembre, les héros de Rennes se retrouvaient sur le parquet de “Coubertin” à Paris pour un majestueux “Tournoi des champions”. Cette fois, les Chinois, adulés mais fatigués, laisseront les deux derniers champions d’Europe s’expliquer en finale mais le Tchèque Milan Orlowski soufflera la vedette à notre Secrétin national au grand dam des 4.000 spectateurs. Côté féminin, Yang Ying demeurait intouchable...

Prolongement logique, une “Tournée chinoise” allait déclencher, du 7 au 12 décembre, un engouement digne de celui de 1965, réunissant des salles combles, parfois à guichets fermés. C’est ainsi que de Poitiers à Villefranche-sur-Saône, de Lunéville à Rouen, la bande à Chang Shih-Lin fera merveille.

Tout était prêt pour l’apothéose.

Elle avait été fixée au week-end des 17.18 décembre avec comme cerise sur le gâteau, la “sortie” du premier timbre jamais émis en France sur notre discipline. Qui, pourtant, aura connu son parcours du combattant...

En France, l’obtention d’un timbre commémoratif, à plus forte raison sportif, ne pouvait (ne peut) qu'être l’aboutissement de longues démarches, voire d’appuis en haut-lieu, tant les demandes sont légion. La FFTT avait fait sienne la maxime de Turgot : “gouverner, c’est prévoir” et dès 1975, les pourparlers avaient été engagés par Jean Mercier, par le signataire, notamment auprès du secrétaire d'Etat aux Postes et Télécommunications, le “Lillois” Norbert Segard.

Grande aura donc été la déception lorsqu’on apprendra que la liste finale avait privilégié le ballon de football (60ème anniversaire de la Coupe de France). La médaille d’or de Birmingham, la reconnaissance de Claude Bergeret en tant que “meilleur sportif PTT” de l’année, récompensée par la coupe... Norbert Segard, devaient rendre justice à la petite balle en celluloïd sous forme d’un “hors-programme”.

Œuvre du graveur Quillivic, notre timbre obtenait une valeur faciale de 1 franc 10, soit 10 centimes au-dessus du tarif lettre, avec “premier jour” anticipé, fixé conjointement à Annecy (salle du Casino) et à Paris (Mairie du 1er arrondissement), les samedi 17 et dimanche 18 décembre 1977. Mais si “le ciel de la capitale avait pris son air de fête” (dixit le curiste de service), les frimas avaient envahi le chef-lieu de la Haute-Savoie, sans décourager pour autant l’animateur du crû : Gilbert Bergeret, le papa de Claude. Encarts, enveloppes, cartes feront autant d’heureux à la hauteur de l’événement... historique, “nos” champions du Monde ne se faisant pas prier pour, de leurs autographes, revaloriser d’autant les documents.

Mais en ce samedi 17 décembre, le président Duclos avait aussi convié ses hôtes de marque, de Roy Evans (ITTF) à Jupp Schlaf (ETTU), nonobstant les représentants du secrétariat d’Etat à la jeunesse et aux sports, du CNOSF, de la Presse nationale et une forte délégation de l’Ambassade de Chine, à une somptueuse réception dans les grands salons de l’Hôtel de Ville de Paris. Et c’est ainsi que Jacques Chirac, par son adjoint interposé, recevra la première des 50 médailles commémoratives du Cinquantenaire.

Restait, toujours d’après le curiste de service, à vivre “le bouquet final d’une année exceptionnelle”. Dès lors, tout se passera à l’Hôtel Sofitel de la rue Grognel, dans le 15ème arrondissement.

Avec passage obligé en sa “mezzanine” où se tenait une exposition aussi variée qu’alléchante (photos, peinture, revues, affiches, philatélie) que Jack Proust ponctuera d’un diaporama intitulé “50 ans de bonds et rebonds.”

Et la balle, le président Duclos saura la reprendre à son... rebond pour doter l’assistance d’un historique très complet de la FFTT qu’avant lui, Valentin Bourquin avait bien amorcé et qui est toujours aujourd’hui “la” référence.

Tout un chacun avait bien mérité de se mettre... à table.

Comment échapper au Banquet du Cinquantenaire ?

1977 s’achevait en beauté, que vive 1978 ! Et la transition était assurée par les lecteurs de L’Équipe qui reconnaissaient en Jacques Secrétin le troisième “champion des champions”, derrière les emblématiques Michel Platini et Bernard Hinault mais devant de nombreuses têtes couronnées du sport français.

Le ping français n’avait plus qu’à reprendre sa vitesse de croisière, en toute sérénité.

Du moins le croyait-on...

Car les 18 et 19 février 1978, la quatrième journée préliminaire des championnats de France individuels avait été programmée à Angers. Elle aura des conséquences insoupçonnées...

Sur la voie de la modernité : décennie 1978-1987

La décennie 1978/1987 correspond pour notre fédération à une période d’instabilité politique. Celle-ci fut amorcée par la fameuse révolte d’Angers. Tour à tour, se succédèrent à la barre du vaisseau fédé-ral : Georges Duclos, Jean-Paul Courtier, Pierre Lecler et le Roubaisien Bernard Jeu. Ce remue-ménage dans le monde des dirigeants n’empêcha pas la France de devenir championne d’Europe par équipes en 1984 à Moscou.

Les heures glorieuses du Cinquantenai- re reléguées au rayon de l’Histoire, le président Duclos et son comité directeur, au sein duquel ne régnait pas franchement une unité de pensée et d’action, allaient renouer un contact cuisant avec la réalité en ce début d’année 1978.

Les aspects positifs de la croissance, en effectifs (clubs, licenciés, éducateurs spécialisés...), en résultats sportifs (notamment à l’échelon international), ne pouvaient à vrai dire masquer les divergences de vues, les sourdes rivalités de personnes, les sélections contestées ou les querelles d’entraîneurs. Et le départ de Charles Roesch n’était pas fait pour calmer les tensions, quel que pût être son successeur (le dauphin désigné étant Jean-Paul Weber). Nonobstant l’intrusion mal contrôlée du nouveau phénomène "argent" qui régentait les relations avec les fabricants d’articles de sport, les contrats avec les joueurs (les joueuses moins !) de notre élite.

C’est dans ce climat chargé d’électricité que les qualifiés de Nationale 1 avaient rallié Angers en ce samedi 18 février 1978 pour y disputer le quatrième et dernier week-end préliminaire des “Individuels”.

Un week-end déjà perturbé par le Général Hiver et qui, après deux rotations, verra les participants quitter l’aire de jeu pour protester contre les conditions matérielles. A en prendre de court les responsables de la FFTT et, fait unique dans les annales du sport français, susciter un vote secret chez les... grévistes. Par 24 voix contre 8, il sera décidé de ne pas reprendre la compétition, laissant pantois juge-arbitre, délégué fédéral, organisateurs et... spectateurs (remboursés).

“Evénement sans précédent”... “scandale à Angers”... titrera la grande Presse, s’intéressant brusquement à notre sport.

Un plan d’urgence sera décrété rue Vauvenargues, un groupe de concertation confié à René Champdorge, l’ancien du comité directeur.

Mais pouvait-on concilier l’inconciliable ? C’est pratiquement sur un constat d’échec qu’allait déboucher la réunion extraordinaire du 4 mars, le comité directeur opposant un vote négatif aux propositions du bureau, celle notamment qui eût pu annuler les “Nationaux” de La Roche-sur-Yon. Avec en dénouement inattendu mais logique, la démission du président Duclos, suivi comme un seul homme par tous les membres du bureau et deux autres membres du comité. La FFTT devenait ingouvernable !

Le tennis de table français, parvenu à l’âge adulte, avait grandi trop vite et n’avait pu éviter la troisième crise de son histoire (après 1935, après 1959). Prémonitoire, la plume de Bernard Jeu (absent lors des événements) avait traité du bénévolat responsable aux lieu et place du bénévolat de la pénurie.

Responsables, des présidents de ligues allaient l’être, remuant toute la France pongiste à en déposer une motion de défiance que le congrès d’Obernai, à la mi-mai, approuvera à une très forte majorité, provoquant de facto de nouvelles élections générales. Celles-ci se dérouleront dans une exemplaire sérénité. Après la houle des dernières semaines, le vaisseau fédéral pouvait reprendre le cap avec, comme nouveau commandant de bord, l’ex-secrétaire général : Jean-Paul Courtier.

La première tâche du dixième président de la FFTT sera de calmer le jeu, de faire nommer (le 18 juin) "son" DTN en la personne de Jean-Pierre Dequirez, l’initiateur des “pilotes” et bientôt des clubs "15 à 15", de faire appel à l’entraîneur chinois Hsi En-Ting (champion du Monde en 1973), d’obtenir de Georges Duclos qu’il demeurât rédacteur en chef de France Tennis de Table, d’installer Léon Cosnuau à la direction administrative, de faire procéder enfin à des élections complémentaires en décembre. C’est ainsi que Bernard Jeu réintégrera le comité fédéral...

Au domaine de la propagande, confié à Marc Véron, l’heure était aux tables en béton, à l’opération 2.000 clubs (supplémentaires), elle atteindra plus ou moins le but recherché. Mais ne voulait-on pas brûler les étapes ?

Et les résultats sportifs ? Ils se ressentiront inévitablement de cette instabilité “politique” et si, pour la première fois de l’histoire du tennis de table français, nos Tricolores avaient remporté le titre de la Ligue européenne, ils avaient en revanche raté les championnats d’Europe de Duisbourg 78 pour mieux briller à Pyongyang (Corée du Nord) à l’occasion des Mondiaux 79, ratant le podium d’une marche ! Et chez les jeunes, Bruno Parietti avait ramené une belle médaille de bronze des championnats d’Europe de Barcelone en 1978.

De là à déduire que tout allait de nouveau pour le mieux dans le monde pongiste, ce serait hélas travestir la vérité et ce n’est pas par hasard que, dès 1979, une amicale des cadres professionnels s'était constituée sous la présidence du CTR des Flandres Roger Baëtens. Yvon Carles poursuivra même la tendance à l’échelle européenne, récupérée par l’ETTU.
En fait, pas plus le nouveau comité directeur que les entraîneurs ne parvenaient à trouver un consensus qui eût empêché de diviser pour régner.

Aux élections du 20 décembre 1980, auxquelles ne se représentaient ni Jean Mercier (après 30 ans de comité directeur) ni le vice-président Serge Folet, il y aura deux candidats à la présidence, René Champdorge s’opposant à Jean-Paul Courtier. Il sera battu et démissionnera.

Reconduit dans la plus haute fonction, Jean-Paul Courtier rétablira celle de vice-président délégué, dévolue à Alphonse Delarose, l’éclectique président de la ligue de Bretagne, et sera élu au conseil d'administration du CNOSF. De son côté, Jean-Pierre Dequirez avait publié un ambitieux plan fédéral d'action technique en dix points alors que neuf sections sport-études fonctionnaient avec satisfaction ou se mettaient en place...

Sur le plan sportif, le tandem Birocheau-Secrétin ramenait l’or des “Européens” de Berne 80 (maître Jacques étant demi-finaliste en simple), le bronze des “Mondiaux” de Novi-Sad 81.

Et bientôt, la double barre des 4.000 clubs et des 90.000 licenciés sera franchie.

Alors “le tennis de table français faisait-il vraiment sa mue”, comme le déduisait L’Équipe sous la plume avisée d’un certain Jean Marie Leblanc ? Dans la coulisse (ou les couloirs ?), l’arbre de la concorde continuait de cacher la forêt des dissensions et l’irréparable se produira en septembre 1982 : ne parvenant pas à rétablir l’union indispensable, très pris professionnellement (autre contrainte du bénévolat), Jean-Paul Courtier présentera sa démission, imité par Alphonse Delarose.

L’intérim de la présidence sera confié au doyen des vice-présidents demeurés en poste, à savoir Pierre Lecler. L’ancien Lorrain avait été l’homme fort du conseil consultatif des années 60. Emigré en Languedoc-Roussillon, il avait démontré qu’une ligue méridionale pouvait rivaliser avec celles du Nord... de la Loire.

Il allait s’en suivre des semaines intenses d’échanges, de concertation. “Le tennis de table français a besoin de toutes ses forces vives”, écrira celui que tout un chacun désignait à 62 ans comme le présidentiable n°1. A une condition impérative : que l’âge du président, abaissée à 60 ans par le congrès de Millau en 1976, soit portée à 70 ans comme le permettait la loi.

Ce que l’assemblée générale du 5 décembre 1982, en séance à l’Hôtel Penta de Courbevoie, repoussera après avoir pourtant déjoué une nouvelle motion de défiance déposée par dix ligues. Le comité directeur (re)complété proposera alors à l’assentiment des délégués régionaux la candidature du Roubaisien Bernard Jeu. Celui qui avait osé écrire que “notre problème, c’est l’émergence du dirigeant sportif à la dimension politique” sera élu à quelque 90% des voix.

Le professeur de philosophie prouvera très rapidement sa réelle dimension d’homme de terrain, résumant toute sa conception du sport dans la rubrique “mieux connaître” de France Tennis de Table : "le sport ne doit pas se laisser récupérer mais il importe d’établir avec les pouvoirs politiques comme économiques des contrats égaux et loyaux."

Elu pour une demi-olympiade, Bernard Jeu saura entreprendre sa révolution tranquille, y associant le nouveau vice-président délégué Pierre Lecler, maintenant sa confiance à Jean-Pierre Dequirez, faisant l'éloge de Georges Duclos qui avait assumé, en 25 ans, la parution de 245 numéros de la revue fédérale, promouvant Jack Proust comme nouveau rédacteur en chef !

Et pour couronner le tout, la France était sacrée championne d’Europe par équipes à Moscou en 1984, Jacques Secrétin y complétant sa panoplie en or en s’adjugeant le “mixte” avec la complicité de la "locale" Valentina Popova...

Les jeunes n’étaient pas en reste, les cadets (deux fois en 1983 et 84), les juniors (deuxième derrière la Suède en 1985 et 86, encore quatrième en 1987), montant sur le podium de “leurs” championnats d'Europe avant que le “mixte” Marmurek/Coubat ne décroche l’or au Pirée, dix ans après Jacques Secrétin et Claude Bergeret chez les “seniors”.

Conséquence de la énième loi sur le sport promulguée le 16 juillet 1984, les élections fédérales avaient été repoussées au 10 mars 1985. Une AG extraordinaire qui, adoptant le nouveau décompte des voix (dépassant désormais les 100.000... tout comme les licenciés !), élira domicile à la Maison de l’Enfance du Kremlin-Bicêtre, chez Vincent Purkart, l’irremplaçable animateur des “Gentlemen”.

58 candidats affronteront le verdict des urnes pour 27 places à pourvoir, dont seulement 20 hors-collèges, cela ne s’était jamais vu et drainera son lot de... surprises. Mais, fait symptomatique, comme seul l’avait réussi Georges Duclos avant lui, Bernard Jeu passera en tête de liste puis sera littéralement plébiscité à la présidence.

En revanche, Pierre Lecler ne s’était pas représenté mais René Champdorge était revenu aux commandes après une traversée du désert de quatre ans.

Ainsi le tennis de table français avait retrouvé sa normalité. “Et maintenant... réaliser”, proclamera le président dans un de ces éditoriaux dont il avait le secret. Les 100.000 licenciés dépassés, ce dont Marcel Lecaudé n’avait pu que se réjouir, c’est déjà de 200.000 dont il était question. Encore fallait-il s’en donner les moyens !

Le contrat de Jean-Pierre Dequirez expirant, le choix du nouveau DTN sera encore au coeur des débats : une solution bicéphale (Claude Bergeret, Pierre Grandjean) sera retenue sans pour autant dissiper toutes les tensions, ce qui amènera la nomination en octobre 1986 d’un judoka, responsable à l’INSEP de la division des brevets d’Etat, un certain Pierre Albertini.

Un conseil des présidents de ligues (présidé par le Lyonnais Jean Perret) sera institutionnalisé à la suite du conseil des ligues, lui-même successeur du conseil consultatif.

Entre autres avancées, un classement numérique des joueurs et joueuses verra la jour.

Enfin, grâce à la contribution financière de tous les licenciés (versant 26 francs sur deux saisons), le tennis de table français sera propriétaire de “son” siège, situé 4, rue Guillot à Montrouge, inauguré en grande pompe le 15 novembre 1986 par le secrétaire d’Etat Christian Bergelin.

Le personnel fédéral s’était étoffé d’un attaché de la présidence, l’ex-secrétaire général Thierry Ringuet, mais un certain Daniel Braslet y faisait ses preuves depuis un lustre et quelque. Dans ce contexte, l'informatique fédérale pouvait enfin s’épanouir après des années d’atermoiements financiers et de réactions critiques.

Résolument, la FFTT s’était engagée sur la voie de la modernité et, enhardie, se posait en organisatrice des 16e championnats d’Europe, programmés à Paris en mars 88, 20 ans après ceux de Lyon. Ce qu'exploiteront très vite nos publications fédérales qui, désormais, répartissaient les informations et reportages qui, dans le magazine (réduit à cinq numéros-an), qui, dans un “journal” tabloïd qui avait au moins le mérite de diffuser annonces et résultats deux fois par mois.

Nos lecteurs pardonneront au chroniqueur (qui se défend ici de jouer à l’historien, faute de recul nécessaire !) d’avoir mis l’accent sur le développement “politique” qui a empreint cette décennie 1978-87 forte de deux démissions présidentielles, mais c’est aussi parce qu’il aura été déterminant dans le développement tout court.

Ajoutons-y néanmoins quelques considérations liminaires...

Sur le plan international d’abord, endeuillé en novembre 1985 par la disparition de l’incomparable Ivor Montagu, celui a qui le tennis de table doit d’être aujourd’hui un sport mondial. Son successeur à la présidence de l’ITTF, le Gallois Roy Evans, sera “remplacé” par son “deputy president”, le Japonais et ex-champion du Monde Ichiro Ogimura. Le congrès de 1987 à New-Delhi marquait un tournant historique en mettant fin à l’hégémonie britannique sur le tennis de table et en amorçant une nouvelle ère, plus moderne, plus universelle.

Pour nous Français, la décennie sera aussi un adieu au “trésorier” Jean Mercier, poste qu’il s’était décidé à ne plus briguer au congrès de Göteborg en 1985, après 24 ans de présence au sein de l’ITTF, une représentativité qu’il ne sera pas facile de reconquérir. Mais, petite consolation, après trois tentatives infructueuses avec trois candidats différents, notre fédération aura trouvé un successeur à Georges Duclos au “Mana-gement Committee” de l’Union européenne et ce, en la personne du signataire.

Sportivement parlant, meurtrie par son cuisant revers de 1979 à Pyongyang, des raquettes hongroises, l’école chinoise aura vite fait de reprendre sa suprématie planétaire, à en réussir le grand chelem dès 1981 à Novi-Sad. Mais si la Hongrie allait rentrer dans le rang, c’est de la Suède et de son extra-terrestre Jan-Ove Waldner que soufflera le vent de la... contestation.

Des organisations nouvelles, à grand retentissement, auront également vu le jour au cours de la décennie : la coupe du Monde, les championnats du Monde vétérans, la rencontre Euro-Asie (lançant "Philou" Gatien sur l’échiquier international !), les Masters, le Top 12 juniors européen, etc...

Et, surtout, lors du congrès de 1981 à Baden-Baden, le CIO avait reconnu le tennis de table comme sport olympique, Séoul 1988 à l’horizon. Les jeux Méditerranéens de Split auront, en l’occurrence, servi de rampe de lancement. A en motiver le président Bernard Jeu, nanti désormais d’une mission spécifique au sein du CNOSF où il avait pris le relais de Jean-Paul Courtier. Occasion de revenir dans l'Hexagone...

Dans l’Hexagone sportif, l’heure était à la passation de pouvoirs... Par équipes, après un passionnant face-à-face entre le Kremlin-Bicêtre et l’AS Messine, le club azuréen de la Trinité (renforcé par le Chinois Xie Saike), premier club français à inscrire son nom sur le socle d’une coupe d’Europe, avait repris le flambeau... provisoirement. Car du côté de Levallois, l’on s’apprêtait à régner sur la décennie à venir ! Mais chez les féminines, de l’AS Cabourg à l’US Kremlin-Bicêtre, l’ASPTT Annecy, l’AL Bruz, le CAM Bordeaux et la revenante ACBB (douzième titre !) démentiront l’uniformité, donc l’ennui...

Individuellement, il fallait bien qu’un jour, le règne de “Maître Jacques” cessât mais pour cela, il aura fallu attendre... 21 ans, notre inimitable champion obtenant sa 17e couronne en 1986 à Saint-Quentin. Et qu’en eût-il été si Patrick Renversé n’avait pas trouvé la... faille, ce qui lui vaudra d’être titré à quatre reprises ? Et à... temps car, dans l’antichambre (de la gloire), piaffait le jeune Gatien, prêt à faire main-mise sur l’autre décennie ! Côté féminin, là où l’on prédisait une certaine emprise de Claude Bergeret (seulement titrée en 1983 à Valenciennes), Nadine Daviaud (quatre fois), Patricia Germain (deux), Brigitte Thiriet (deux) et Béatrice Abgrall joueront habilement la diversion. Mais en 1987, une certaine Xiao Ming Wang sera naturalisée française en même temps qu’une autre native de l’Empire du Milieu, l’ex-championne du Monde Hu Yulan (en 1973, aussi !), venait renforcer le staff de la DTN.

Enfin, faisant fi des “mouvements divers” de la décennie, la FFTT était résolument demeurée innovatrice avec le lancement d’une Coupe de France mixte et d’Interligues Espoirs qui n’auront pas toutefois l’écho escompté et, abandonnés, serviront de tremplin à une réforme générale, mieux pensée, de nos compétitions. Elle perpétuera avec plus de réussite “ses” Internationaux Open qui avaient retrouvé la province (Strasbourg 1982, Rennes 1984, Lyon 1986) après deux essais “chinois” dans la ville nouvelle d’Evry. Elle renouera avec “ses” Internationaux Jeunes, longtemps délaissés, grâce aux réalisations de Lille 80, Amiens 82, Dijon 84 (révélant Jean-Michel Saive !) et La Roche-sur-Yon 86. Alors que le "Premier pas pongiste" croissait spectaculairement au fil des éditions sans connaître, paradoxalement, de véritables retombées côté licenciés ( ?).

Allons ! Tout allait beaucoup mieux qu’on le disait au Royaume pongiste de France qui pleurait toutefois le décès accidentel d’Alphonse Delarose en janvier 1987.

Place donc à la décennie suivante celle que nous sommes en train de vivre et qui trouvera son épilogue le 13 décembre, salle des... étoiles à Paris. 70e anniversaire oblige !

A l'heure olympique : décennie 1988-1997

"Les souvenirs sont nos forces. Ils dissipent les ténèbres. Ne laissons jamais s’effacer les anniversaires mémorables. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux."

Victor HUGO

L'année que nous quittons était celle du Soixantenaire, celle où nous rentrons sera celle de l’Olympisme et d’Europaris. Ainsi passe le temps. Ainsi s’accomplit l’œuvre collective. Ainsi grandit notre sport. Ainsi va notre histoire...”

Cela pourrait être une conclusion. C’est pour le moins un préambule à ce qu’a été la septième décennie de notre fédération.

Le texte est emprunté à l’éditorial que Bernard Jeu avait inscrit dans le n°456 de France Tennis de Table sous le vocable combien évocateur de “1988, grande année de tennis de table”.

Autre année sportivement déterminante, marquant la fin de l’ère Secrétin, l’avènement de l’ère Gatien.

Année réaliste qui aura vu la France pongiste se hisser à nouveau au rang des grandes nations organisatrices dans la droite mais déjà lointaine ligne de Lyon 68, Vichy 77 et Nantes 82.

Année symbolique enfin qui aura vu notre discipline acquérir définitivement son statut de sport olympique.

“Europaris”, telle avait été l’appellation contrôlée des 16ème championnats d’Europe organisés dans le cadre prestigieux du Palais omnisports de Paris-Bercy (POPB) du 19 au 27 mars 1988. Si le choix du lieu et le faux-bond de la télévision française allaient avoir pour corollaire un lourd déficit qui ne pourra être épongé que par la solidarité et l’emprunt, avec le recul du temps, l’on peut affirmer que ce fut là une grande réussite. A mettre à l’actif d’une équipe soudée, composite de bénévoles et de rétribués, la coordination étant confiée, et c’était là une grande “première”, à un directeur d’épreuve, en l'occurrence Daniel Braslet. C’est ainsi que, nonobstant les 15.000 scolaires invités, le POPB enregistrera 62.000 entrées payantes dont 14.000 pour le seul après-midi final, du jamais vu en France ! Un public enthousiaste, connaisseur et qui, au bout du compte, n’aura eu que le regret de voir ses représentants échouer au pied des podiums, convaincu néanmoins qu’ils avaient l’avenir devant eux.

Et l’avenir immédiat était évidemment l’entrée olympique du tennis de table aux “Jeux” de Séoul. Il fallait s’y qualifier. Un seul Français réussira à passer sur tables : Jean-Philippe Gatien mais, par la voie des repêchages, il sera accompagné en Corée par son aîné Patrick Birocheau qui connaîtra là une digne récompense à sa carrière. Salut l’artiste !

Séoul sera un dur apprentissage mais l’on sait aujourd’hui que notre Philou national aura vite retenu le leçon, à en devenir le n°1 au classement mondial et confirmer ce rang privilégié par une belle médaille d’argent en terre catalane quatre ans plus tard. Seul Waldner...

Emotion garantie dans toutes les chaumières de France et de Navarre, répercutée comme jamais événement pongiste ne le fut par les médias. Bien sûr, l’on sait encore aujourd’hui qu’un autre rêve... doré n’a pu se concrétiser à Atlanta l’an dernier mais il est toujours permis de croiser les doigts pour Sydney 2000.

N’anticipons pas. Et, plus concrètement, dédions la décennie qui s’achève à cet exceptionnel champion qu’est Jean-Philippe, alias Philou, réalisant ce que ni Michel Haguenauer (voire Guy Amouretti ?), ni Jacques Secrétin n’avaient pu réussir avant lui : être champion du Monde. Ainsi Göteborg, en ce dimanche 23 mai 1993, aura-t-il éclipsé Barcelone et annoncé un autre sacre 18 mois plus tard, celui du quinzième vainqueur de la coupe du Monde, en décembre 1994 à Taiwan. Entre-temps, à Athènes, porte-drapeau de la délégation française, à Mèze, prêteur du serment d’ouverture, notre Alésien avait remporté deux fois le titre suprême aux “jeux Méditerranéens” pour conclure la décennie sur une victoire “à la Pyrrhus” mais combien éloquente au Top 12 européen d’Eindhoven. Mieux que “maître Jacques”, son modèle...

Qu’ajouter sinon rappeler que, durant cette décennie 88-97, ”Philou” aura su aussi être prophète en son pays, n’échouant qu’une seule fois pour le titre national (en 1990, à Poitiers, au bénéfice de Didier Mommessin) mais n’en dépassant pas moins Michel Haguenauer au palmarès. Mieux, il permettra à son club de Levallois non seulement de réussir un “sans-faute” dans le championnat par équipes de superdivision (10 sur 10 !) mais aussi de s’adjuger trois coupes d’Europe, dont deux des “champions”.

A Philou Gatien, il faut sans conteste associer cette autre locomotive qu’aura été “l’étoile du matin”, la plus française des Chinoises : Xiao-Ming Wang, future Mme Dréchou, même si elle a dû partager les titres nationaux féminins avec Emmanuelle Coubat (également 4 fois championne de France, la première à 18 ans !) et Sylvie Plaisant (2), la tenante.

Sous cette double impulsion, les “équipes” de France sauront se tailler un beau palmarès européen et mondial. Pour nos féminines, médaille de bronze aux “Mondiaux” 91 à Chiba (la divine surprise, dixit Bernard jeu !). Côté messieurs : médailles de bronze, d’or et d’argent successivement aux championnats d’Europe de Stuttgart 92, de Birmingham 94, puis de Bratislava 96, médailles de bronze et d’argent aux championnats du Monde de Tianjin 95 puis de Manchester 97. Sans compter les deux titres décrochés en Ligue européenne “mixte” de superdivision (en 1988 puis en 1990, suite à des France-Suède d’anthologie qui à Laval, qui à Saint-Quentin !), la victoire dans la coupe d’Europe des nations 1996 (festival à Bayreuth !) et les nombreuses médailles individuelles acquises sur tous les théâtres d’opérations de la planète “ping”.

De tels résultats ne pouvaient certes être obtenus sans une préparation méthodique et permanente, sans un esprit de corps. C’est le fait des grands champions. Mais qu’en aurait-il été sans l'environnement idoine, en clair, sans une fédération forte de ses élus et de ses techniciens ?

Relation de cause à effet, le président Jeu s’était fait réélire à partir d’un programme. Cela se traduira par une plus grande rigueur dans la préparation des dossiers, la tenue des réunions, la périodicité des publications (le magazine redevenant mensuel dès 1989), les réalisations. Par ailleurs, avec la nomination du judoka Pierre Albertini au poste de DTN, la complémentarité des pouvoirs sera respectée même si, au départ en retraite de Léon Cosnuau, l’initiative de prolonger l’expérience sur le plan administratif par la création d’un poste de “directeur général” se sera avérée moins probante puis abandonnée en 1991.

Résolument, tout au long des saisons, des assemblées générales, des congrès, avec l’aide du conseil des présidents de ligues, sa “chambre” consultative, la FFTT se sera ainsi engagée sur une voie d'évolution et de réformes. Sans atteindre certes tous ses objectifs car il est toujours difficile chez nous de bousculer les acquis.

Le tout apportera une nouvelle dynamique, se traduira par une plus grande efficacité de fonctionnement à partir du siège fédéral informatisé (avec prolongement sur le 36 15 FFTT), une unité d’action mieux acceptée au sein du staff technique, une volonté délibérée de promouvoir des équipements spécifiques (dont la salle fédérale de Mèze), de mettre en place des éducateurs spécialisés partout où cela était possible, d’entretenir de loyales relations avec les sponsors (Flunch puis Seat) et autres partenaires économiques, enfin de reconnaître les comités départementaux comme autant d'entités animatrices et... électrices.

Sur ce plan, l’on peut affirmer que le mandat 1985-88 aura servi tout à la fois de réflexion et de détonateur, que le suivant aura été celui des concrétisations. Hélas, pas plus que les élus Roger Lafourcade et Marie-Thérèse Hautevelle, décédés au cours de l’exercice, le président Jeu ne connaîtra l'aboutissement de son œuvre puisqu’il nous quittait “en pleine tâche” le 15 août 1991. Ses obsèques, à Roubaix, sa ville natale, seront suivies avec recueillement et émotion par la foule de ses amis, reconnaissant en lui “le plus grand penseur français que le sport ait connu”. Un grand voile noir...

Vice-président délégué, René Champdorge assurera d’abord l’intérim puis sera consolidé par les électeurs régionaux et... départementaux jusqu’au terme de l’Olympiade.

Nous entrons là dans le passé proche...

Chemin faisant, la roue fédérale avait continué de tourner avec son lot d’arrivées et de retraits. Entre autres, avait été salué (traduire ovationné !) celui de Jack Proust qui en profitera pour, dans son style primesautier, confier à la petite Berthe de refaire à sa façon l’histoire du tennis de table. De ping à pong...

Une mandature de plus, ce sera au tour des “financiers” Claude Massaloux et Louis Braslet de passer le témoin en... sécurité.

Mais tribut inéluctable à la bonne santé retrouvée de la fédération qui avait dépassé le cap des 130.000 licenciés à la fin de la saison 91-92, les sphères dirigeantes connaîtront une période de vague-à-l’âme après l’annonce du retrait (lors de l’assemblée générale tenue au Palais des congrès de Strasbourg) de René Champdorge. Cela débouchera sur l’assemblée générale historique du 19 décembre 1992 qui mettra deux candidatures et deux sensibilités en présence pour aboutir, après trois interminables tours de scrutin, à l’intronisation de l’ex-DTN (démissionnaire) Pierre Albertini. Mais toute crise sera évitée, les élus fédéraux des deux camps se persuadant que l’intérêt et l’avenir du tennis de table français étaient ailleurs que dans la division et l’instabilité. Cela doit être ça le bénévolat responsable...

Jean-Marie Ficheux, le chef des services administratifs en place, ayant démissionné, c’est tout d’abord Daniel Braslet qui se voyait justement promu directeur administratif et financier. Côté DTN, Camille Noblet supprimait son particularisme d’adjoint, ainsi nanti de la plus haute fonction pour l’olympiade 1993-96. Quant à René Champdorge, désormais président d’honneur, il faisait son entrée au conseil d'administration du CNOSF.

L’heure était venue de consolider les projets (école fédérale des cadres, label clubs, etc...), de concrétiser les réformes, les nouvelles épreuves (Top 12 national, challenge des clubs “Bernard Jeu”, Interclubs cadets-minimes, Trophée national, Interligues juniors-cadets, Critérium benjamins remplaçant la journée nationale du PPP, etc...)

Désormais entreprenante et ambitieuse, la FFTT saura, tant auprès de l’Union européenne que de la Fédération internationale, mériter son statut d’organisateur à haut niveau. C’est ainsi que dans la foulée d’Europaris et des “Internationaux” de Nantes (relayés par Lyon, Liévin et Villeurbanne), se dérouleront successivement sur le sol français : le Masters Stiga à Paris (novembre 89), le Top 12 européen juniors à Vichy (janvier 90), les championnats d’Europe des jeunes à l’INSEP (juillet 94), la coupe du Monde par équipes à Nîmes (octobre 94), le Top 12 européen seniors à Dijon (février 95), les Grands Prix Seat avec, en apothéose, la coupe du Monde individuelle trois ans d’affilée à Nîmes (octobre 95, 96 et 97). En attendant la finale de l’ITTF Pro-Tour 1998 et les championnats du Monde en 2003 ?

Extra-muros, bien des changements se seront aussi opérés.

L’Union européenne, présidée successivement par le Yougoslave Kapetanic, l’Allemand Gäb et le Suédois Bergström, aujourd’hui par l’Italien Stefano Bosi, aura vu le signataire accéder, un mandat durant, à la vice-présidence, relais pris depuis le congrès de Bratislava par Pierre Albertini, lequel, réélu président fédéral, succédera aussi à René Champdorge sur les travées du CNOSF.

Quant à l’ITTF, déplorant successivement les décès de ses présidents Ichiro Ogimura (en décembre 94) et Lollo Hammarlund (en octobre 95), ses destinées sont désormais présidées par le Chinois Xu Yinsheng et son développement confié au Canadien Adham Sharara. Enfin, au “Council”, un Roubaisien a succédé à un autre Roubaisien. Ironie ou contribution de l’histoire ? Plus qu’un symbole en tout cas pour le signataire que d’occuper le “fauteuil” de Jean Belot et de Bernard Jeu.

Pour être complet, l’on ne saurait passer sous silence la création de la Francophonie pongiste internationale et la résurgence de l’Union méditerranéenne, toutes deux sur initiative française.

Sportivement parlant, si la Suède, trois fois consécutivement, avait ravi la Coupe Swaythling à la Chine, celle-ci aura un réveil brutal sur ses terres en 1995 avant de dominer outrancièrement les “jeux” d'Atlanta. Mais, à côté de la “reine” Deng Yaping, c’est Jan-Ove Waldner, deux fois champion du Monde au cours de la décennie, champion d’Europe en titre, cinq fois à nouveau vainqueur du Top 12 européen (du 50%), accessoirement trois fois sur... cinq lauréat de nos Internationaux, qui aura fait figure d’extra-terrestre. Qu’avec Philou Gatien, la France olympique aura accueilli avec fierté lors de la commémoration du 100e anniversaire du CIO en 1994 à Paris !

Une autre décennie, la septième, s’est donc achevée, révélatrice de changement(s) dans la continuité et la stabilité. Elle aura vu disparaître de grands serviteurs du tennis de table, de Jean Funfschilling, d'Emilienne Hardy, de Pierre Magnien et d’Eugène Plantrou à Georges Duclos et à Jean Mercier. Elle aura décelé une dynamique éprouvée qui aura stimulé toutes les catégories, des vétérans aux cadets, les uns et les autres décrochant l’or européen au cours de l’été, sans oublier bien sûr les handicapés qui, au fil des jeux Paralympiques et autres compétitions internationales, auront su hisser la France pongiste au pinacle. Elle a vu l’avènement d’un nouveau DTN en la personne de Jean-Luc Delassus. Enfin, grâce en partie à la licence promotionnelle, la barre des 160.000 licenciés a été franchie, enlevant toute utopie à l’objectif 200.000 qui sera atteint d’ici le troisième millénaire !

Mais nous sommes là dans le présent et il appartiendra à l’Histoire (avec un grand H) d’en juger plus objectivement.

Et cela met un terme à une série de onze chapitres que le signataire a tenu la gageure de rédiger, conscient de l’exercice de style que cela représentait, se faisant encore et toujours pardonner d’avoir pu être incomplet voire parfois... sibyllin. Comment citer tous les événements, tous les acteurs de cette très longue histoire faite de créations, de réalisations, de crises, dans un cadre limité de colonnes d'article ? Tant il est encore prouvé que la micro-société qu’est notre fédération (de clubs), animée par des hommes passionnés, avec leurs qualités mais aussi leurs défauts, ne pouvait, ne peut, échapper aux lois de la société elle-même, nonobstant l’esprit de tolérance et une certaine déontologie qui sont le propre du sport.

Ainsi mis en appétit, les lecteurs de France Tennis de Table brûleront d’en savoir plus encore. Nous ne saurions trop leur recommander d’acquérir l’Almanach richement documenté de Jean-Marc Silvain. En 600 pages, quelque 200 photos à l’appui, tout un chacun pourra apprécier, mieux utiliser, cette “bible” pongiste qui, au travers de sept décennies inégales certes mais combien intenses, servira désormais de référence.

A mettre à jour, bien sûr...

Car, comme avait su l’écrire si judicieusement Bernard Jeu : “Le temps, tout chargé d’histoire, est une force impérieuse qui ne s’arrête pas.”