
Avec un bilan historique de 14 médailles, dont 7 titres européens, les Bleuets ont marqué de leur empreinte les Championnats d’Europe Jeunes 2026 à Gondomar. Pour revenir sur cette performance exceptionnelle, Emmanuel Rachez, manager de la haute performance, dresse le bilan de cette semaine historique. Nous avons également recueilli les réactions de Nina Guo Zheng, Léana Hochart et Antoine Noirault, tous sacrés triple champions d’Europe au terme d’une semaine inoubliable.
Emmanuel Rachez dresse le bilan de cette semaine historique
Avec 14 médailles, contre 8 l’an dernier, la délégation française réalise une performance historique. Qu’est-ce que ce chiffre dit de l’évolution du tennis de table français chez les jeunes ?
Il est toujours délicat de comparer une édition à une autre, car les tableaux, les tirages ou encore le niveau de la concurrence peuvent varier. En revanche, ce qui est certain, c’est que nous avons vécu une année exceptionnelle, avec des résultats dans toutes les catégories.
On le voit d’abord avec les compétitions par équipes, où nous remportons trois titres européens et une médaille de bronze. Cela montre que l’ensemble de la délégation a contribué à cette moisson de médailles. En simples, en doubles et en doubles mixtes, nous avons également su convertir quasiment toutes les opportunités qui se sont présentées. Remporter sept titres sur huit finales disputées est un chiffre particulièrement significatif.
Au-delà des médailles, cette édition illustre surtout la densité du tennis de table français. On la constate déjà chez les seniors, notamment chez les garçons. Chez les jeunes, nous étions historiquement très performants chez les féminines, mais cette année nos garçons, à l’image des juniors, ont eux aussi décroché de très belles médailles. C’est un signal très fort pour l’avenir.

Emmanuel Rachez (à droite) en compagnie du staff des équipes de France jeunes
Au-delà du nombre de médailles, que retiens-tu comme principal motif de satisfaction de cette édition ?
Ce que je retiens avant tout, c’est la cohésion de cette équipe de France. Nous avions beaucoup travaillé en amont pour placer le collectif au-dessus de tout. Dans tous nos échanges et dans toutes nos actions, l’objectif était de construire une véritable équipe de France, où chacun se sente concerné par la réussite de tous.
Bien sûr, le tennis de table reste un sport individuel, mais nous voulions que cette force collective soit partagée par les joueurs, les joueuses et l’ensemble du staff. C’est sans doute ce qui m’a le plus marqué. J’ai participé à plusieurs Championnats d’Europe Jeunes et je n’avais jamais vu autant d’interactions entre les différentes catégories et entre les entraîneurs. Les coachs échangeaient constamment, se répartissaient les matchs avec beaucoup de fluidité. Tout le monde poursuivait le même objectif : gagner des médailles pour l’équipe de France.
Je retiens aussi la ténacité dont ont fait preuve nos jeunes. Performer pendant douze jours de compétition après avoir déjà remporté des médailles par équipes est un véritable défi. D’autant que, dans la seconde partie de la compétition, les joueurs russes et biélorusses étaient présents, ce qui a encore relevé le niveau. Les qualités de jeu étaient évidemment au rendez-vous, mais la détermination et le courage ont aussi été des éléments essentiels de cette réussite.
Les Bleuets ont brillé dans toutes les dimensions de la compétition : trois titres européens par équipes, une médaille de bronze, mais aussi de nombreuses médailles en simples, doubles et doubles mixtes. Est-ce la plus belle preuve de la densité de cette génération ?
Oui, performer dans tous les tableaux est la preuve d’une très belle densité. Mais cette densité est avant tout le fruit du travail réalisé partout en France : dans les clubs, les comités départementaux, les ligues, les centres d’entraînement, les Pôles Espoirs et le Pôle France. C’est toute cette filière de formation qui permet ensuite aux équipes de France jeunes d’obtenir de tels résultats.
Ce qui est également nouveau cette année, c’est le nombre de titres remportés en doubles. Ces performances témoignent aussi de l’excellent état d’esprit qui régnait au sein du groupe. Bien sûr, nous avons travaillé les associations lors du stage terminal, mais finalement pas tant que cela. Je crois surtout que les jeunes avaient envie de jouer ensemble et de défendre les couleurs de l’équipe de France. Cette envie collective s’est ressentie tout au long de la compétition.
Derrière ces résultats, il y a aussi un important travail d’encadrement. Quel hommage souhaitez-vous rendre au staff qui accompagne ces jeunes au quotidien ?
De tels résultats ne sont possibles que grâce à un énorme travail de fond. Ces jeunes viennent de structures différentes, passent par les comités départementaux, les ligues, les centres d’entraînement, les Pôles Espoirs puis, pour certains, le Pôle France. Pour décrocher une médaille aux Championnats d’Europe, il y a souvent près de dix années de travail derrière eux, parfois davantage. Je tiens donc à féliciter tous les entraîneurs et les personnes qui œuvrent au quotidien partout sur le territoire. Leur engagement, leur compétence et leur investissement sont essentiels à ces réussites.
Sur cette compétition, je veux également saluer tout le staff présent à Gondomar. Les journées étaient extrêmement longues : nous étions à la salle dès 7 h 30 et nous en repartions vers 22 heures. Il y avait un nombre impressionnant de matchs à coacher, des séances d’entraînement à organiser, tout en restant disponibles pour les joueurs. Malgré cette intensité, tout le monde a travaillé dans un formidable état d’esprit. Chacun échangeait, partageait ses observations et ses conseils pour préparer le match suivant. Toute l’équipe était tournée vers un seul objectif : aller chercher des médailles pour la France.
Je tiens à remercier l’ensemble du staff : les entraîneurs (Alice Joneau, Clémence Boutefeu, Perrine Laurent, Nicolas Baudoux et Florian Habuda), Guillaume Simonin qui m’accompagnait comme manager des U15, Jérémy Mieres Lavado, notre kinésithérapeute, qui a réalisé un travail remarquable tout au long de la compétition, ainsi qu’Océane Guisnel, en charge de la préparation physique. Christophe Porte, élu fédéral est venu soutenir les jeunes sur le début de compétition, tandis que Jean-Nicolas Barelier, directeur technique national a pu assister aux trois derniers jours en compagnie du groupe France. Nous avons formé un groupe très soudé, entièrement tourné vers la performance.
Quelle est la prochaine étape pour la délégation ? Les Championnats du monde jeunes ?
Le grand objectif de la fin de saison sera évidemment les Championnats du monde jeunes, qui se dérouleront à Istanbul en fin d’année.
D’ici là, plusieurs rendez-vous importants attendent nos jeunes. Dès la mi-août, ils participeront à un WTT Youth Smash en Suède, une compétition qui offrira de nombreux points au classement mondial et surtout l’occasion de se mesurer à plusieurs joueurs asiatiques, ce qui est toujours très formateur. Le circuit jeunes se poursuivra ensuite avec plusieurs échéances majeures, notamment le Top 10 européen jeunes à Antibes, mais aussi les Jeux Olympiques de la Jeunesse, où la France sera représentée par une joueuse et un joueur de moins de 17 ans.
Toutes ces compétitions constitueront des étapes importantes dans la préparation des Championnats du monde d’Istanbul, du 21 au 28 novembre, qui représenteront le point d’orgue de la saison.
Triple championne d’Europe, Nina Guo Zheng se confie après Gondomar
Tu repars de Gondomar avec trois titres européens, dont le sacre en simple U19. Raconte-nous ta compétition.
Dès le début de la compétition, nous nous étions fixé des objectifs très ambitieux. Avec les filles, nous voulions conserver notre titre par équipes et, avec Léana, nous visions également le titre en double. Nous étions têtes de série n°1 dans les deux tableaux, mais cela n’a vraiment pas été facile. En par équipes notamment, nous sommes passées tout près de l’élimination face à l’Espagne en quart de finale. Cela montre à quel point chaque rencontre était compliquée.
En simple, j’étais également tête de série n°1, mais je ne me suis jamais focalisée sur ce statut. À mes yeux, le classement ne voulait pas dire grand-chose. Il y avait beaucoup de très bonnes joueuses avec peu de points, notamment les Russes, que l’on connaît finalement assez peu sur le circuit et qui peuvent créer de grosses surprises. J’ai donc abordé la compétition match après match, sans me projeter. Physiquement comme mentalement, c’était très exigeant. Mon huitième de finale, notamment, restera un moment très marquant. C’était un match incroyable, rempli d’émotions. Au final, cette compétition restera gravée dans ma mémoire. J’ai vécu des émotions très fortes et je pense que je m’en souviendrai toute ma vie.

Le fait de remporter la compétition par équipes dès l’ouverture des Championnats d’Europe t’a-t-il aidée pour la suite ?
Oui, forcément. Remporter le titre par équipes donne énormément de confiance pour la suite de la compétition. Même si les compétitions par équipes et les tableaux individuels sont très différents, ce premier titre m’a permis de prendre mes repères dans la salle et d’aborder les échéances suivantes avec davantage de sérénité. C’est toujours positif de commencer un Championnat d’Europe de cette manière. Cela apporte une vraie dynamique et beaucoup de confiance pour la suite.
La France termine en tête du classement des nations avec un bilan record de 14 médailles. Que représente pour toi le fait d’avoir contribué à écrire une page de l’histoire du tennis de table français ?
C’est une immense fierté. Voir la France terminer en tête du classement des nations montre tout le travail accompli par l’ensemble de l’équipe et de l’encadrement. Je pense que cette performance est la récompense de tous les efforts fournis depuis des mois. Nous avons énormément travaillé pour vivre ce genre de moments et c’est une vraie satisfaction de voir que cela porte ses fruits. Je suis très heureuse d’avoir pu apporter ma pierre à l’édifice et de contribuer, à mon échelle, à écrire une belle page de l’histoire du tennis de table français.
Quelles sont tes prochaines échéances ?
Je vais désormais enchaîner avec le WTT Youth Smash en Suède au mois d’août, puis plusieurs WTT Feeder dans les semaines qui suivront. Je participerai ensuite, je l’espère, au Top 10 européen au début du mois d’octobre. J’espère également pouvoir être sélectionnée pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar. Enfin, le grand objectif de la fin de saison sera les Championnats du monde jeunes, qui se dérouleront au mois de novembre.
Léana Hochart a répondu à nos questions
Trois médailles d’or au Portugal pour toi. Fais-nous le bilan de cette semaine.
Cette semaine a été exceptionnelle. Repartir avec trois titres européens et un quart de finale en simple, c’est forcément une immense satisfaction. Je suis très heureuse de ma compétition. J’ai tout de même un petit regret concernant le simple, car j’aurais aimé aller encore plus loin. Mais cela n’enlève rien à la fierté que je ressens aujourd’hui.
Je suis également très heureuse pour l’ensemble du groupe. Avec 14 médailles, nous réalisons une performance historique. Nous avons montré de très belles choses à la table, mais aussi en dehors. C’est une réussite collective et je pense que c’est ce qui rend cette semaine encore plus belle.

Tu as partagé ces titres avec différents partenaires et coéquipiers. En quoi le collectif a-t-il été la clé de cette semaine exceptionnelle ?
J’ai effectivement joué avec plusieurs partenaires au cours de ces Championnats d’Europe et chacun a apporté ses qualités. Pour moi, ce qui a vraiment fait la différence, c’est la confiance, la communication et le soutien que nous avions les uns envers les autres.
Je pense notamment au quart de finale par équipes contre l’Espagne. Avec Nina, Alexia et Jade, nous étions toutes très soudées. Nous avions confiance les unes dans les autres et nous partagions toutes le même objectif : remporter ce titre. Cet état d’esprit nous a beaucoup aidées dans les moments importants. En double mixte avec Antoine, c’était un peu la même chose. Nous jouons ensemble depuis trois ans, nous nous connaissons très bien et nous communiquons facilement. Cela crée une vraie confiance sur la table.
Plus globalement, tout le groupe s’est énormément soutenu pendant la compétition. Nous nous entendons tous très bien et cette bonne ambiance a clairement contribué à nos résultats.
Les Championnats d’Europe Jeunes sont très exigeants en termes de matchs. Quel rôle le staff et l’encadrement ont-ils joué dans ta réussite tout au long de la semaine ?
Le staff a joué un rôle essentiel. Les journées étaient très longues et très intenses, avec énormément de matchs à enchaîner. Ils ont parfaitement géré notre récupération, notamment grâce au travail de Jérémy Mieres Lavado, notre kinésithérapeute, et d’Océane Guisnel, qui s’occupait de la préparation physique.
Au-delà de l’aspect physique, ils nous ont aussi beaucoup accompagnés mentalement. Ce n’est pas simple de rester concentré pendant dix jours de compétition. Ils ont su nous aider à rester dans notre bulle, mais aussi à rebondir lorsque les choses étaient plus compliquées. Grâce à leur travail, nous avons pu rester performants jusqu’au dernier jour de la compétition.
Quelles sont tes prochaines échéances ?
Ma prochaine grande échéance sera le WTT Youth Smash de Suède, à la fin du mois d’août. Cette compétition sera importante, car elle pourrait me permettre de décrocher ma qualification en simple pour les Championnats du monde jeunes.
Antoine Noirault revient pour nous sur sa semaine au Portugal ponctuée de 3 titres
Trois médailles d’or au Portugal pour toi. Tu t’attendais à de tels résultats ?
Je suis parti aux Championnats d’Europe avec l’objectif de remporter les quatre tableaux dans lesquels j’étais engagé. Revenir avec trois médailles d’or, c’est donc tout simplement exceptionnel. Je suis très fier de ce que j’ai réussi à produire pendant toute la compétition et des résultats qui en ont découlé.
Le premier titre, par équipes, restera forcément très spécial. Il récompense tout le travail accompli avec le groupe tout au long de l’année. C’était un objectif que nous poursuivions depuis deux ans. Nous étions passés tout près l’an dernier, alors réussir cette fois-ci est une immense satisfaction. Je suis vraiment fier de toute l’équipe et heureux d’avoir concrétisé tout ce que nous avions construit ensemble. Le titre en double mixte est lui aussi très marquant. Avec Léana, nous avons réalisé un parcours exceptionnel en ne concédant qu’un seul set sur toute la compétition. Nous avons su élever notre niveau dans les moments les plus importants, notamment lors d’une finale au niveau de jeu incroyable des deux côtés. Les émotions étaient immenses. Enfin, remporter le double messieurs avec Nathan est également un immense bonheur. Déjà, jouer les derniers jours des Championnats d’Europe n’est jamais anodin. Nous avons dû nous battre, notamment en demi-finale où nous étions menés 2-1 avant de renverser la situation. Ce titre est d’autant plus beau que cela ne fait pas si longtemps que nous jouons ensemble. Nous nous entendons très bien, nous avions déjà vécu ensemble cette aventure par équipes, puis nous avons prolongé le plaisir en double. C’était une aventure incroyable.
Ces trois titres récompensent tout le travail accompli cette saison. Je suis vraiment très heureux d’avoir atteint cet objectif.

On imagine que la médaille d’or par équipes a une saveur particulière. Vous partiez favoris et vous avez su concrétiser. Raconte-nous.
Oui, cette médaille a forcément une saveur particulière, déjà parce que c’est la première que nous avons remportée durant ces Championnats d’Europe. Et surtout parce qu’elle est partagée avec toute une équipe. Nous étions cinq joueurs, accompagnés par Alice Joneau, qui nous a coachés tout au long de la compétition.
Le début n’a pourtant pas été simple. Nous avons remporté notre premier match de poule 3-2 au bout du suspense. Ensuite, nous avons progressivement élevé notre niveau de jeu et gagné en stabilité face à des équipes encore plus fortes. La demi-finale contre la Pologne restera un grand moment. Je dispute le troisième match et je m’impose 11-9 à la belle dans une rencontre complètement folle. Cette victoire a permis à Nathan Pilard d’aborder son match dans les meilleures conditions et de conclure ensuite la rencontre. Et puis il y a eu cette finale. Nous nous imposons 3-0 face à la Roumanie, qui nous avait battus l’année précédente. Nous avions une revanche à prendre et nous l’avons prise de la plus belle des manières.
Nous étions certes têtes de série numéro un, donc considérés comme favoris, mais cela ne garantit absolument rien. Gagner un Championnat d’Europe reste extrêmement difficile. Nous avons su répondre présents au bon moment et concrétiser un rêve que nous partagions tous les cinq. C’était vraiment exceptionnel.
Tu penses que cette génération peut encore viser plus haut dans les années à venir ?
Oui, clairement. Nous avons de grandes ambitions et nous voulons continuer à voir plus haut. Les résultats obtenus cette année montrent que l’équipe de France fait désormais partie des meilleures nations européennes chez les jeunes. Cela donne forcément envie de rêver encore plus grand.
Pour ma part, je vais maintenant entrer chez les seniors. C’est une étape importante, parce que le niveau est encore plus élevé et la concurrence plus forte. Mais toutes les expériences accumulées chez les jeunes vont nous servir. L’objectif est de continuer à progresser, de repousser nos limites et, à terme, de nous installer en équipe de France seniors pour aller chercher le plus haut niveau possible.
Quel message aimerais-tu adresser au staff et à toutes les personnes qui t’accompagnent au quotidien ?
J’ai la chance d’être entouré par énormément de personnes qui m’aident à progresser. Je pense d’abord aux entraîneurs du Pôle France de Nantes, où je suis pensionnaire depuis plus de cinq ans. Ils sont présents tous les jours, que ce soit à l’entraînement, dans la gestion de notre quotidien ou dans l’accompagnement de notre projet sportif. Ils font un travail exceptionnel et je leur dois énormément.
Je tiens aussi à remercier tout le staff présent à Gondomar. Alice Joneau m’a accompagné en équipes et en double, Perrine Laurent m’a coaché en simple, sans oublier l’ensemble des entraîneurs. Un grand merci également à Jérémy Mieres Lavado, le kinésithérapeute, et à Océane Guisnel, qui s’occupait de la préparation physique. Leur travail est indispensable et nous permet d’être performants tout au long d’une compétition aussi exigeante.
Enfin, je voudrais remercier toutes les personnes qui m’accompagnent au quotidien : ma famille, mon club et tous ceux qui sont présents, aussi bien dans les moments difficiles que dans les plus belles victoires. Sans eux, rien de tout cela ne serait possible.