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crédit photo : manfred schillings
crédit photo : manfred schillings

Christophe Legoût, les adieux d’un grand monsieur

Publié le : 07/06/2017
Modifié le : 09/06/2017

Une page se tourne pour le tennis de table français. Une page assez longue, riche et dense pour contenir quelques-uns des moments les plus héroïques et inoubliables de l’histoire de la discipline. Christophe Legoût, le plus jeune des légendaires Mousquetaires du ping national, raccroche ses raquettes. Il a disputé mardi 6 juin, dans la salle de l’équipe de la Vaillante à Angers, l’ultime rencontre de sa carrière de pongiste. A presque 44 ans (il les fêtera le 6 août), il met le point final à une aventure débutée plus de trente ans plus tôt. La fin d’une époque. Les adieux d’un géant.

Ironie de l’histoire : Christophe Legoût a disputé le dernier match officiel de sa carrière face à l’un des espoirs du tennis de table français, Andrea Landrieu, assez jeune pour être son fils. Mardi 6 juin, l’aîné a perdu en cinq manches face à son cadet, âgé seulement de 21 ans, pour l’ultime rencontre du championnat de Pro A. La saison prochaine, son jeune rival lui succèdera parmi l’effectif de la Vaillante Angers.

Résumer en quelques lignes la carrière de Christophe Legoût tient du défi. Il débute à 11 ans. A 19 ans et une poignée de mois, il enfile pour la première fois le maillot de l’équipe de France. Il ne le quittera plus, sinon pour soigner plusieurs blessures, jusqu’en 2013 et les Mondiaux à Bercy, sa dernière grande compétition avec les Bleus. Dans l’intervalle, il accompagne l’aventure des Mousquetaires, l’époque dorée du ping français.

Avec Jean-Philippe Gatien, Patrick Chila et Damien Eloi, il s’offre le prestige d’un titre européen par équipes en 1994, puis d’une médaille d’argent deux ans plus tard. En 1997, il participe à l’épopée des championnats du Monde à Manchester, où les Français s’arrêtent en finale, battus par les indestructibles Chinois. Aux Jeux de Sydney, en 2000, il hérite avec Damien Eloi de la cinquième place de l’épreuve du double. Triple champion de France en simple (2005, 2010 et 2011), Christophe Legoût possède le saisissant record de dix titres nationaux en double messieurs, remportés entre 1996 et 2014, associé à quatre partenaires différents.

Sa carrière force le respect. A l’heure d’en feuilleter les pages, Christophe Legoût en retient surtout les chiffres, plus évocateurs à ses yeux que le métal des trophées. Il aime raconter ces quelques mois de l’année 1997, entre septembre et décembre, où il a connu seulement trois fois la défaite, pour se hisser jusqu’au 17ème rang mondial. « Je jouais bien, j’étais en confiance, confiait-il en septembre 2013 à Ping Pong Mag. C’est à cette époque que j’étais le plus proche de réaliser mon rêve. Et puis, la blessure est arrivée. Par la suite, j’ai eu beaucoup de mal à réaliser que le sommet de ma carrière était derrière moi. »

La lassitude ne l’a jamais rattrapé. Malgré une longévité rarement rencontrée dans le ping international, Christophe Legoût a toujours conservé l’amour du jeu, le virus de la compétition et le plaisir de l’entraînement. « Son professionnalisme m’impressionne, reconnaissait en début de semaine Emmanuel Lebesson, son partenaire de club, dans les colonnes du quotidien Ouest-France. Je ne l’ai jamais vu lâcher une séance d’entraînement. »

Sportif accompli, au talent éclectique, Christophe Legoût s’est autorisé à plusieurs reprises à explorer des terrains peu connus. Par défi, souvent. Par hasard, parfois. Il s’est essayé au marathon, à Paris et New York. Bilan : un chrono de 3h19. Bluffant. Il a changé de raquette, en 2014, pour tenter l’aventure du tennis. Inscrit aux championnats de France 4ème série (les joueurs non classés), il a atteint les demi-finales de la compétition sur les courts de Roland-Garros, après seulement une vingtaine de rencontres officielles.

Au lendemain des Mondiaux 2013 à Paris, il reconnaissait ne pas chercher à préparer la fin de sa carrière, se bornant à prédire qu’il irait au moins « jusqu’à la fin de l’olympiade ». Il a tenu promesse. Il avouait son envie de se lancer dans une carrière d’entraîneur, pour « transmettre à la nouvelle génération ». Il confiait également le désir de rejoindre le secteur de l’automobile, l’une de ses passions. Christophe Legoût restera dans le tennis de table. Il rejoint l’équipe de la marque Butterfly, son équipementier, en qualité de manager pour la France. Le ping français ne le perdra pas de vue. Tant mieux.